mercredi 25 octobre 2017

Pourquoi je ne donnerai pas à Opera Musica



Aujourd'hui, en parcourant mon compte Facebook, je tombe sur un message concernant Opera Musica :

"Je suis très déçue de voir qu'Opéra Musica fait disparaitre les commentaires où je soulève des questions de type : pourquoi une entreprise à but lucratif se comporte en association culturelle philanthrope pour demander à ses utilisateurs de les sauver d'un échec entrepreneurial ? Si le site est gratuit, c'est parce que NOUS sommes de la data qui a pour but de rapporter à Opera Musica, je trouve donc cet étalage de sentiments vraiment ridicule et déplacé. De plus, si les chiffres donnés pour dire ce que coûte ce projet par mois sont vrais, c'est clairement un projet non viable. Je pense qu'il est nécessaire de voir les choses en face et de cesser de manipuler les gens. Merci."

Je dois dire que cela a fait lumière. Oui j'ai un compte Opera Musica et oui depuis quelques semaines, je reçois quasi quotidiennement des e-mails pour faire une donation, et cela a fini par m'agacer car le ton est de plus en plus désagréable et culpabilisant, de type si Opera Musica n'existe plus ce sera votre faute, et il ne faudra pas se plaindre.... Vous laissez la musique classique mourir....

Je ne me rendais alors pas vraiment compte que Opera Musica est bel et bien une entreprise comme une autre, et pourtant la carte association est beaucoup jouée. Pourtant, dans les mentions légales :

OPERA MUSICA, simplified Unipersonnelle joint stock company with capital of 30 000 €


C'est bel et bien une entreprise qui a été créée pour faire de l'argent. D'ailleurs à sa création, j'avais vu la page de projet de Mathieu Abelli, le créateur, qui présentait son plan de business pour rendre le site rentable, et oui, biensûr, l'adage dit : "si c'est gratuit, c'est que c'est vous le produit".

En effet le but est de faire payer d'autres personnes morales pour avoir accès à nos données. Ce qui est un beau projet oui, car il met en relation artistes et ceux qui les recherchent.

Mais voilà, pour X raisons, cela va mal. Et le fait d'avoir investi autant d'argent pour cela en espérant un retour viable me semble folie.

Aujourd'hui Opera Musica lance une campagne Ulule pour s'en sortir, et je dois dire que je trouve aussi cela vraiment déplacé. D'une part, parce qu'on ne demande pas de l'argent à ses utilisateurs pour sauver sa boîte, et d'autre part parce que si Opera Musica en arrive là, c'est que 40000 euros de plus n'y changeront rien.


Je n'apprécie pas comme Opera Musica joue sur l'émotion de la solidarité dans le milieu du classique pour servir ses fins. Je pense que ce projet était viable s'il n'avait pas coûté aussi cher à la base. Je suis désolé pour Mathieu Abelli qui a investit énormément, peut-être naïvement et qui voit la dure réalité s'élever contre lui, je suis sûr qu'il y avait vraiment une bonne volonté derrière cela, mais il faut accepter cet échec. Quémander, faire croire qu'on est une asso de philanthrope, et culpabiliser l'utilisateur utilisé qui ne donne pas, cela m'a vraiment dégoûté. Et les divers artistes utilisés pour soutenir la cause (ils ne vont pas dire non, car c'est un joli et rare projet), les vidéos émotionnelles qui vont toucher la grand-mère et les amis, n'y changent rien. 


lundi 9 mai 2016

Lily Pons VS Natalie Dessay : l'air des clochettes, Lakme

Comme nous en parlions dans notre dernier article

"Les faux : Natalie Dessay, son au revoir, enfin ! Mais pas encore..."


nous vous proposons une comparaison de l'air des clochettes par Lily Pons et par Natalie Dessay.

Il paraît évident que faire un foin pour l'aspect coloratura de Dessay montre une certaine ignorance de l'existence d'autres grandes chanteuses qui faisaient bien mieux, et qui restent inimitables. 
Evidemment, le but n'est pas d'être la meilleure en pirouette, mais c'est malheureusement un aspect indéniable de la soprano léger, c'est là qu'on l'attend au détours, c'est souvent sa marque de fabrique, donc oui, la comparaison va beaucoup sur l'agilité, et moins sur la profondeur et l'expression (ce qui fait également défaut à Natalie Dessay, chose qu'elle a compensé par un jeu de scène clownesque).

On pardonnera la qualité de son un peu ringarde de la vidéo de Lily Pons, qui date de 1935 !

Les deux font le contre-mi tant attendu, remarquez la différence d'attaque (prise par en dessous pour Dessay, et directement par Pons, ce qui n'est pas anodin du tout) ainsi que la position de la bouche, appui mâchoire pour Dessay (qui confirme l'histoire ... sachez que mâchoire tremblante dans les aigus = mauvais appui = voix flinguée en 10 ans max), ouverture de moitié pour Lily Pons, technique parfaite, rien ne bouge.

Résultat, Lily Pons a chanté jusqu'à 64 ans.

Pour arriver directement au passage qui nous intéresse, allez directement à 4:52 minutes pour Natalie Dessay et  à 2:55 pour Lily Pons.




lundi 21 mars 2016

Les flash mobs OPERA ça existe !

Qu'est-ce-qu'un flash mob déjà? Et bien c'est un phénomène à la mode, qui consiste pour un groupe à se rendre dans un lieu public fréquenté et à offrir un moment musical, chantant et/ou dansant, juste pour le plaisir et la surprise.

Cela peut être très banal comme absolument surprenant quand il s'agit d'un vrai cadeau surprise fait à autrui... Imaginez... Vous êtes dans un magasin, un groupe commence à chanter puis la personne qui choisissait son fromage à côté de vous aussi, et finalement, vous vous rendez compte que 50% des visiteurs étaient dans le coup et vous offre un délire sur place !

Régalez-vous :)

Carmina Burana dans une gare allemande




L'air du Toréador dans un centre commercial américain




La Traviata dans une arcade californienne




Au rayon fruits & légumes d'un supermarché

vendredi 4 octobre 2013

Les faux : Natalie Dessay, son au revoir, enfin ! Mais pas encore...

Voir aussi : 

Lily Pons VS Natalie Dessay : l'air des clochettes, Lakme



Article FIGARO ici 

Un fromage, un flan... comme vous voulez ! Natalie Dessay expose ses vues futures que vont sûrement trouver charmantes son public facile. 
Natalie a séduit un public peu exigeant à coup de vocalises extraordinaires et de ses extraordinaires talents de comédienne clowneries. Pour la voix, les gens n'ont pas dû beaucoup écouter Lily Pons, pour le reste, c'est snoberie, Dessay est à la comédie ce que le Koendelietzsche est à l'art.



L'élégance à la française...


Donc pour résumer:

-Natalie Dessay a fait parler d'elle par vocalises et audace, pauvre public français que nous sommes, ça a plu. 

- Des opinions tonnerre (ai lu dans une interview où réagissant au mauvais accueil d'une de ses performances "le public devrait se retirer le bâton qu'il a dans le derrière", ce n'est pas vraiment notre vision des choses, le public étant tout l'intérêt de l'opéra, tant que le public est de qualité, on est dans l'exigence du public, de plus, l'opéra est un lieu où l'on vient rêver et écouter l'excellence, pas se faire imposer et éduquer par des professionnels au gros melon s'auto-proclamant avant-gardistes.).

- Natalie Dessay fait croire par son existence qu'une carrière à l'opéra dure 10 ans (sisi j'ai entendu des directeurs artistiques le dire, après 10 ans, on est foutu). Dessay s'est flingué la voix à faire n'importe quoi techniquement pour la thune disons-le, se justifiant agressivement de ses polipes (un polipe c'est une voix maltraitée. 2011 Flop de la Travatia post- trachéite. Certains admirateurs en disent "c'est pas grave c'est 10 ans qui valaient le coup"... Super. Pensons aux grandes chanteuses du temps où le chant lyrique était loin d'être une farce, Christa Ludwig par exemple qui a 44 ans de carrière, ou encore Berganza que j'ai entendu chanter il y 3 ans, à l'âge de 77 , avec une voix intacte. Les gens qui s'intéressent à ces personnes, reviennent vite des phénomènes de foire.

- Comparée à Callas, sur le plateau de Fogiel... So glorious !

- Apprécier les gens qui vous flattent, oublier ceux qui vous montrent vos défauts, cela ne sert pas la musique, mais simplement soi-même. Difficile de se remettre en question quand des milliers de zozos vous acclament pour les pirouettes que vous faites. Mieux vaut 1 critique dure et fondée, que 1000 flatteries. 


Interview de Natalie Dessay chez Fogiel
Bref, Dessay c'est fini, en 10 ans, elle sera passée de grande colorature à des rôles sans aigus (ce qui en général prend 40 ans chez d'autres). Elle ne peut plus chanter, si, des chansonnettes. (Je l'avais entendu dire il y a 3 ans qu'elle irait faire le clown - au sens propre- et faire du yoga, elle aurait dû s'en tenir là)

En revanche, elle ne peut pas supporter de ne plus monter sur scène, donc imposant son nom à l'Olympia (content d'attirer des curieux bien payants), Dessay va tenter les chansonnettes de son album "post flop" à sortir le 21 octobre, "Elle & lui"   


"Elle y reprend avec une tendresse infinie une vingtaine de ses chansons. Un défi: «Comme un peintre habitué aux grands formats à qui l'on demande une miniature, j'ai dû apprendre à ne pas chanter avec ma voix d'opéra.» "


"Regardez je suis toujours là" ? "J'ai besoin d'argent"? "Je n'assume pas m'être flinguée la voix aussi rapidement"? "Après avoir traînée sur la scène comme une serpillère en faisant les gros yeux dans les mises en scène les plus laides sur monde je veux montrer ma vraie féminité"? "Pitié oubliez Manon"? "J'aime tant la musique je veux l'explorer sous toutes ses coutures" ?

Allez au revoir, bon vent, heureusement que ça n'a duré 10 ans, bien que ça a été suffisant pour que le néophyte associe Dessay au chant lyrique, à l'opéra, et en espérant que quelqu'un revienne bien vite redorer le blason français avec une grande voix, qui dure, de l'avant-garde sans provocation pathétique, de la comédie non surfaite, et pourquoi pas un peu d'âme et d'élégance?


Allez quelques belles coloraturas de toutes les époques pour se nettoyer les oreilles et les yeux surtout :


lundi 23 septembre 2013

Elina Garanca "Secunda Donna on Rollerskates"

Voici un documentaire lettonien sur Elina Garanca, (en VO sous titré anglais).
Brut, sans complaisance, loin des paillettes, il intéressera les chanteurs ainsi que les passionnés d'opéra.

Elina Garanca est certainement une des meilleures mezzo-soprano du moment et une des rares à la technique respectable de nos jours. Ce documentaire date de 2001, à son début de carrière. Elina avait 25 ans.



mercredi 29 mai 2013

Michael Spyres, le ténor qui remet les pendules à l'heure

Bonjour à tous,

Nous vous invitons à découvrir, si vous ne le connaissez pas déjà, Michael Spyres, sans doute le meilleur ténor actuel. Quelle claque ! Cela faisait si longtemps qu'on avait pas entendu une excellence aussi proche de celle de Pavarotti !

Une technique absolument parfaite, doublée d'une interprétation fine et sensible... Quelle grandeur !

Cela fera un très bon point de comparaison avec les mauvais ténors, pour entendre très facilement les différences et lacunes... Dans un prochain article, promis !  Bonne écoute !

Salué par le magazine français Opéra comme «l'un des meilleurs ténors d'aujourd'hui» et décrit par le New York Times comme chanteur avec une "voix brillante, pénétrante et une fabuleuse technique", Michael Spyres s'est imposé comme l'un des interprètes les plus distingués et acclamés, surtout dans le bel canto et le répertoire français.







vendredi 19 avril 2013

Le navet de la sensualité sur scène ou le sexe dans le caniveau

Comment rendre l'Incoronazione di Poppeo de Monterverdi moins chiante à un public de bétail?

C'est la question qu'a dû se poser le metteur en scène (dont je ne retrouve pas le nom), et comme beaucoup qui ont voulu être fier d'être audacieux, il a décidé de coller les tourtereaux, en petite tenue, se tripotant, le feu au slip, parce que pour lui, l'amour, le désir, le sexe, ce n'est sans doute "que" ça.



C'est comme les séries historiques actuelles qui ont conquis tant de public en collant du sein et de la fesse toutes les 12 minutes (sinon, le nombre de visionnage baisse).

"Il faudrait que le public s'enlève le balai qu'il a dans le ***" avait dit Nathalie Dessay dans une interview... Je ne vois pas le rapport, on peut être tout sauf coincé et ne pas accepter de voir l'opéra se faire salir par des esprits vulgaires.

Du sexe sur scène pourquoi pas? Mais à la hauteur de la grandeur de l'opéra dans ce cas.
Le but de l'opéra étant d'élever une âme avec la musique et non pas de ramener sur scène les "glauquitudes" de la vie banale.

Le magnifique Pur ti miro... Le metteur en scène n'a pas pu s'empêcher... Il doit jubiler de faire s'embrasser deux femmes sur scène, il en rajoute constamment, cela doit représenter pour lui le summum de la modernité, de la sensualité, et un brin provoc... OK il y a 30 ans...



Bref, quelle tristesse. Parce que tomber dans une banalité pareille pour exprimer un amour et une beauté sans nom, c'est vraiment se rabaisser. Donner du grain aux poules.

Il faut sublimer la musique, les sentiments qui s'en dégagent, et pour cela, un minimum de retrait est souvent nécessaire.

Trouver des vrais artistes exceptionnels qui vous font vibrer de sensualité sans avoir besoin de se montrer? C'est devenu trop dur d'en trouver?

Je vous propose Jon Vickers et Gwyneth Jones, un très mauvais enregistrement de la première à Paris en 1978.... Je vais tout faire pour cependant.

Bonne écoute !


mardi 16 avril 2013

Fiorenza Cossotto - Amneris - MET 1968(?)

Voici une performance légendaire, un vrai tapage au MET, en 1974 ou 1968 (les sources diffèrent, si l'un de vous connaît la date exacte, l'information est la bienvenue).

Fiorenza Cossotto, une de nos mezzos préférées, endosse le rôle d'Amneris et enflamme la scène du jugement de Radamès...

Cet enregistrement nous permet de voir un jeu dramatique incroyable, d'un réalisme à couper le souffle. Chose qui aide énormément la voix à se libérer entièrement et à tout donner.


jeudi 11 avril 2013

Carmen n'est pas une pute !

Mérimée s'en retourne dans sa tombe.

Connaissez-vous la consternation proche de la rage d'un amoureux de la beauté de l'opéra, de la littérature et de la vraie voix quand il tombe sur un navet rabaissant l'oeuvre sous terre?

C'était mon cas en visionnant "Carmen" de Bizet, sur Mezzo la semaine dernière :



Carmen, opéra-comique en quatre actes de Georges Bizet.
Livret d'Henri Meilhac et Ludovic Halévy d'après la nouvelle de Propser Mérimée
Orchestre Révolutionnaire et Romantique, John Eliot Gardiner (direction), The Monteverdi Choir
Adrian Noble (mise en scène)
Anna Caterina Antonacci (Carmen), Andrew Richards (Don José), Anne-Catherine Gillet (Micaëla), Nicolas Cavallier (Escamillo), Françis Dudziak (Le Dancaïre), Vincent Ordonneau (Le Remendado), Matthew Brook (Zuniga), Riccardo Novaro (Moralès), , Virginie Pochon (Frasquita), , Simon Davies (Lillas Pastia)
Réalisé par François Roussillon (3h00)
Enregistré à l'Opéra Comique de Paris (2009)
Carmen comment vous ne l'avez jamais entendu : John Eliot Gardiner donne un éclat nouveau à la partition de Bizet. Enregistré à l'Opéra-Comique de Paris, cette production se distingue aussi par la présence dans le rôle-titre d'Anna Caterina Antonacci, au timbre d'une rare sensualité.



(Biensûr, je ne vais même pas parler de l'horreur honteuse de la saison dernière à Bastille, avec une mèmère en Monroe...)

Le décor était joli mais la lumière un peu pesante. Toujours cette ambiance fond noir et lumière chaude qu'ils se sentent obligés de mettre... C'est si basique... N'ont-ils pas vu le Carmen frais de Karajan avec Grace Bumbry...  ?

Et quand j'ai vu Carmen, j'ai immédiatement vu l'énorme erreur de casting. Anna Caterina Antonacci n'a pas du tout l'attitude. Chacun de ces gestes forcés me fait retourner dans le temps, au cours de théâtre de mon collège. Mlle Antonacci a de toute évidence été guidée par un metteur en scène dont la vision de la coquinerie féminine est aussi triste qu'une saucisse vide. "Allez aguiches mieux que ça !!"

Le comble... Carmen a de l'humour dans cette version... Elle s'agenouille au niveau du sexe du soldat en faisant la coquine... C'est d'un mauvais goût... La mutinerie serait donc incompatible avec l'élégance... Vous pensez Messieurs? Ahh des millions d'années d'évolution pour ça.

Bon sang, Carmen est une jeune fille de 15 ans qui se veut libre, refuse d'être enchaînée, et change d'amoureux dès qu'il se fait trop pesant.  = une pute? Sans doute, pour ce genre de metteurs en scène d'aujourd'hui... Des hommes avec une si haute connaissance de la féminité? Merci pour la sublimation, bonjour le cliché. Ressortons-nous de la salle en ayant découvert une nouvelle sorte de personnage comme le souhaitait Mérimée, ou avec un cliché de plus de la saloperie féminine?

Ici Anna Caterina Antonacci en fait des tonnes et on voit bien que ça n'a rien de naturel, qu'elle n'a pas la séduction animale dans les veines. La voix ne suit pas non plus... Trop lourde, peu fluide, saccadée et sans aucune sensualité. Mlle Antonacci est faite pour des rôles plus lourds et plus graves.
Chaque scène m'a semblé une farce. Chaque début d'air, qu'on ne peut s'empêcher d'attendre impatiemment, une déception. La sensualité forcée est vraiment la dernière chose qui ferait une Carmen.

De plus les grimaces pour sortir les sons... ça n'aide pas vraiment à faire couler du miel. Le décolleté ne compense pas.

L'opéra est chanté en français... et sous-titré français.. qu'est-ce-que cela veut dire? Qu'on est tolérant quand on ne comprend rien de ce que dit le chanteur? C'est insultant pour les chanteurs qui ont fait un travail de diction parfaite, et humiliant pour ceux qui baragouinent.

Bref....



jeudi 14 mars 2013

Interview : 5 questions à Pretty Yende

Suite à notre article découverte de Pretty Yende, voici une courte interview qui intéressera ceux qui veulent en savoir plus sur comment les chanteurs qui ont réussi ont percé... Même si on ne saura jamais tout :)

Il se dégage des choses qu'on retrouve souvent : détermination, force morale, attitude positive face à l'échec, confiance en soi, authenticité. Je pense cependant qu'une grosse dose de chance est nécéssaire pour se faire une place en restant soi-même, il faut tomber sur les bonnes personnes.

***


Après avoir remporté haut la main le Concours Bellini ainsi que le Concours Opéralia de Placido Domingo, Pretty Yende a été nommée « artiste en résidence » à la Scala de Milan où elle fera le 30 juin ses débuts dans un premier grand rôle : Norina de Don Pasquale. Cinq questions à une personnalité résolument fulgurante.

Comment est née votre vocation ?
Je me souviens d'une soirée chez moi, en Afrique du Sud, mes parents et moi regardions la télévision et apparait une publicité pour une compagnie aérienne dans laquelle on entend un duo de Lakmé. J'étais fascinée. C'était la première fois que j'entendais ce genre de musique. J'avais 16 ans. Le lendemain, au lycée, j'en ai parlé à mon professeur de musique qui m'a expliqué qu'il s'agissait d'un opéra. « C’est ce que je veux faire » ai-je répondu. J'avais ressenti quelque chose de tellement puissant, un tel sentiment d'apaisement total, une telle joie... Il fallait que je la communique à d'autres. Ce professeur m'a prévenu que l'art lyrique était une discipline difficile, qui demandait beaucoup de travail et énormément de talent. Face à mon obstination, il m'a proposé de rejoindre la chorale de l’école. Après quelques semaines, il est venu vers moi et m'a dit « Je suis désolé Pretty, mais tu n'es pas chanteuse, tu n'as pas la voix qu'il faut. ». J'ai donc arrêté la chorale, sans abandonner pour autant l'idée d’être chanteuse. J'étais très têtue. Peu après, j’ai appris que notre école allait bénéficier de cours d'opéra, et que pour y entrer, il fallait chanter ce fameux duo de Lakmé. À mes yeux, il ne pouvait s’agir d’une coïncidence. Ce professeur a bien voulu m'aider à préparer le concours. Le jour J, j'étais tellement nerveuse que je tremblais comme une feuille, au point que la fermeture ma robe s'était déchirée. Je me souviens être entrée sur scène pleine d'épingles ! Finalement, je suis arrivée deuxième. Et depuis, le chant ne m'a pas quittée.

Vous avez-vous décidé de faire du bel canto romantique votre spécialité...
Pendant mes études en Afrique du Sud, nous étudiions des extraits d'opéras. Et lorsque j'ai entendu pour la première fois Lucia di Lammermoor, I Puritani et La Sonnambula, je me suis penchée sur ce type d'opéras. Le premier air que j'ai chanté interprété alors était « Qui la Voce sua soave » (I Puritani), et j'ai senti que mon chant était naturel. Je n'avais pas l'impression d'essayer ; c'était facile. Mais je me suis dit que ce répertoire n'était pas pour moi qui suis soprano lyrique, mais plutôt pour des voix de soprano léger ou colorature, qui sont naturellement plus agiles. Et je me suis remise à travailler mon Puccini. Lorsque je suis arrivée à l'Accademia de la Scala, Mirella Freni m'a dit : « Tu sais, c'est très bien que tu chantes ces grands rôles lyriques, mais tu as 25 ans, essaye-toi au bel canto, on ne sait jamais. Dans cette école, on peut t'apprendre. Avec une voix complexe comme la tienne, qui a une couleur particulière mais aussi une agilité remarquable, il faut que tu essayes ». Je suis donc revenue à mon intuition première, j'ai chanté Adina, Norina et je me suis sentie parfaitement à l'aise.

Vous avez participé à de nombreuses compétitions (Leyla Gencer, Montserrat Caballé, Hans Gabor Belvedere...), n'est-ce pas trop stressant ?
Je refuse de paniquer. On ne peut pas se laisser aller à la panique, parce qu'on risque de s'y perdre. Ce qui doit arriver arrivera, il faut accepter de ne pas avoir de pouvoir sur tout. Après mes études au Cap, je voulais savoir si mon travail, qui commençait à porter ses fruits en Afrique du Sud, était à la hauteur du niveau européen. Et les compétitions me permettaient de me présenter au monde de l'opéra et de n'avoir qu'un ticket à payer. C'est mon côté femme d'affaires ! Je présentais mon travail, « Je suis comme ça, qu'en pensez-vous ? », et aborder la chose sous cet angle m'ôtait toute pression puisque je n'envisageais pas le concours sous l'angle de la compétition. Par bonheur je n'ai pas arrêté de gagner ! Ensuite j'ai prêté davantage attention au jury de chaque concours. C'est ainsi que j'ai pu rencontrer Montserrat Caballé, Placido Domingo. Ils avaient une longue et brillante carrière derrière eux. J'ai réalisé que j'avais là l'opportunité de me rapprocher d'eux et de m'en inspirer.



Comment s'est passée cette rencontre avec Placido Domingo ? 
C'est un homme incroyable et un musicien exceptionnel. Il a apporté un grand soutien à tous les chanteurs qui se présentaient au concours Operalia. Plus généralement, tous les artistes que j'ai eu la chance de rencontrer jusqu'à présent m'ont donné d'excellents conseils. je me souviens que Montserrat Caballé m'avait dit « Pretty, n'autorise personne - pas même toi - à te pousser à chanter des rôles que tu ne seras capable de chanter que plus tard ». On ne réalise pas toujours à quel point il est primordial d'être capable de bien choisir son répertoire en fonction de ses capacités à un moment donné. On a toujours tendance à nous proposer des grands rôles sous prétexte que notre voix convient. Mais il faut savoir dire non, parce que personne d'autre que nous ne peut nous dire si nous sommes en mesure de le faire, vocalement et techniquement.



N'avez-vous jamais rencontré d'échec ? 
Si, bien sûr ! Enfin, tout dépend de ce qu'on entend par « échec ». J'ai grandi avec l'idée que dans la vie, on n'obtient pas toujours ce que l'on veut ou ce que l'on pense vouloir. Dans la vie on obtient toujours ce que l'on doit avoir au moment où on est censé l'avoir. Lorsque je passais des auditions et que plusieurs jours après je n'avais toujours pas de réponse, j'étais bien sûr blessée, je me demandais ce que j'avais mal fait, je me disais que j'étais meilleure que les autres candidats... Comme n'importe quel être humain ! Et puis avec le temps, je me suis rendu compte que je n'avais pas besoin de telle ou telle audition, mais que le chemin que j'avais suivi me convenait exactement. 


Propos recueillis par Elise Haddad en 2012
http://www.forumopera.com/

mercredi 13 mars 2013

Pretty Yende ; une étoile montante qui remet les valeurs du chant en place

Je viens de découvrir une perle. Mais une perle d'une pureté !

Des amis me parlent d'une étoile montante, exceptionnelle etc... Comme souvent je suis sceptique...

Mais là, je dois dire que l'étoile en question m'a coupé le sifflet.

Je vois d'abord une jeune femme simple, élégante, d'une beauté naturelle, s'avancer avec une timidité dans les yeux...  Puis la professionnelle prend le dessus, elle ouvre la bouche et.... Une splendeur.

Une splendeur qui vous fait comprendre à quel point les Fleming, Dessay et autre pseudo-stars ne sont que du flan, du bricolage. Ici nous avons le vrai chant d'opéra, la technique, la finesse, la puissance, la beauté, l'homogénéité. Bref, un exemple typique qui une fois qu'on l'a écouté, nous permet de comprendre le fossé problématique entre le Grand Chant et le faux spectacle.

Savourez, et n'oubliez pas son nom, elle fera des étincelles.

Pretty Yende, née en 1985, originaire de Mpumalanga en Afrique du Sud. Diplômée du South African College of Music et de l'Accademia Teatro alla Scala à Milan. Elle gagne le 1er prix au concours Vincenzo Bellini International en 2012, et en 2011 le 1er prix d'Operalia, The World Opera Competition. En 2012 elle chante le rôle de Musetta dans La Bohème de Puccini à la Scala de Milan. Elle fait ses débuts au MET de NY début 2013 dans le rôle d'Adèle dans le Comte D'ory de Rossini, auprès d'un des meilleurs ténors du moment, Juan Diego Florez.

lundi 21 janvier 2013

The King Arthur à l'Opéra Royal de Versailles, mise en scène par Shirley & Dino, dirigé par Hervé Niquet

J'avais réservé depuis des lustres King Arthur, à l'Opéra Royal de Versailles, mis en scène par Shirley & Dino. C'était ce week-end.
L'ami qui m'accompagnait, néophyte, pensait se rendre à un baroque à la mise en scène bien pénible où il fallait absolument faire un travail psychique pour savourer les notes divines sans se plomber. Moi, j'étais un peu sceptique et curieuse, sans à priori. J'ai déjà vu aux Etats-Unis des mises en scène fabuleuses créées par des gens qui venaient de tout autre horizons, et je trouve cela absolument beau car cela prouve que l'Opéra n'est pas l'affaire d'un mince cercle fermé.

Donc, pour la présentation, Ce King Arthur est donc mis en scène par Shirley et Dino, sur proposition de Hervé Niquet (direction musicale, choeur et orchestre du Concert Spirituel)

J'avais vu quelques images à l'avance, j'avais peur d'un modernisme triste et plat. Et je n'ai pas été servie, heureusement.

Je ne connaissais pas plus que ça Shirley et Dino à vrai dire. D'ailleurs je ne m'attendais pas à ce qu'ils participent à cet opéra-spectacle. Dino/Gilles, on le voit beaucoup. En duo de choc avec Hervé Niquet, ils ponctuent à eux deux l'opéra pendant les changements de décors, entre les actes.

Car il faut savoir que King Arthur est à la base un semi-opéra qui dure 5 heures, dont à peine 2 heures de chant. Ici on n'a gardé que les 2 heures de chants, on passe donc directement d'un tableau à l'autre, sans vraiment de ligne dans l'histoire. Et c'est pour cette raison que les interventions de scène des deux compères sont les bienvenues et ne semblent pas déplacées.

Ma critique va se fonder (et cela va pourtant la rendre complète) sur la réaction d'un Monsieur qui pendant une interlude de Dino et Hervé a hurlé d'une voix d'huissier "On se casse", avant de claquer la porte. Cela m'a fait terriblement mal au coeur. Pourquoi?

- Déjà, parce que c'est absolument irrespectueux. A l'Opéra, on paye sa place, on sait ce qu'on va voir et si on n'est pas content, on peut huer à la fin, siffler, c'est légitime que le public donne son avis. Mais partir pendant, se faire remarquer, déconcentrer les artistes... c'est absolument nombriliste, médiocre et discourtois.

- Oui, je n'ai jamais vu ça à l'Opéra, le chef d'orchestre qui monte sur scène pour s'adresser au public, exprimer son humour, faire rire... je n'y vois aucune pitrerie mais bien une volonté de se rapprocher d'un public, d'effacer la froideur habituelle, et même de nous éduquer ! C'est réussi et la majorité a vraiment apprécié ce partage. Les instrumentistes ont joué le jeu des gags, ils ont affirmé leur présence, on a vu leur visage, on les a vu rire avec nous, quelle chaleur !


- Des détails, des gags, de l'humour se sont infiltrés même pendant les actes... Est-ce que cela a dénaturé la musique? Est-ce que cela tourne en dérision l'oeuvre de Monsieur Purcell? Est-ce que cela a effacé le talent immense des artistes? Et bien pas du tout ! La musique du Concert Spirituel était magique, le choeur éblouissant, et les solistes étaient vraiment d'un superbe niveau. Les décors étaient franchement beaux, et superbement éclairés, on y était avec le Roi Arthur, sans soucis.

- Il s'agissait simplement d'un Roi Arhur différent. Nous ne sommes pas dans le solennel ici, mais dans une interprétation (quel intérêt sinon d'inviter des metteurs en scène venus d'ailleurs) proche de l'univers Monty Python, qui est cultissime, cela a du sens. João Fernandez dans ce rôle est éblouissant de talent. Son visage joue à chaque seconde, il bouge, il court, il roule, il danse, sans jamais altérer sa voix qui reste parfaite du début à la fin. Chapeau, un vrai exercice de style. Le rôle lui va comme un gant. C'est d'ailleurs ce que j'ai pensé de chaque soliste, et c'est chose rare. Ana Maria Labin et Chantal Santon-Jeffery, dans le rôle des courtisanes étaient à tomber. En plus d'être belles et d'avoir la voix superbe et précise tout en finesse, elles sont joué la comédie à la perfection. Rarement vu un crêpage de chignon aussi crédible et joli sur scène !




- Le choeur pour une fois a été très bien mis en valeur, on repère chaque chanteur, sa participation, son jeu, car le choeur ne s'est pas reposé sur ses lauriers... chorégraphie, comédie, patins à glace, le tout dans la perfection de l'ensemble vocal, c'est une performance. On les a tous remarqué, ils n'étaient pas dans l'ombre ou en position secondaire, mais représentait bien une des unités principales de la scène.

- On sent que le trio Shirley/Dino/Niquet a souhaité donné sa vraie place à chacun, et y rendre hommage, instrumentistes, machinistes, choristes, et même public, et de cela s'est dégagé un immense amour qui en touché plus d'un, car le spectacle est un succès.



Si je devais parler d'une chose qui m'a déçue, oui il y en a une : j'attendais comme beaucoup de monde l'aria "What power art thou who from below" , et j'ai été assez déçue par le tempo choisi. Cet air est tellement puissant, beau et inhabituel, et mérite qu'on prenne le temps, là on est passé à côté. (exemple, de tempo hein ;) la version d'Andreas Scholl, que j'aurais préféré par une basse... Cependant l'instru est superbe)

Mon ami a passé un très bon moment d'opéra, il a découvert la musique du Roi Arthur sans en perdre une goutte, il en a pris plein les yeux avec le décor, les costumes, les coiffures, les mouvements, et, cerise sur le gâteau, a bien ri. Et, plaire au connaisseur comme au néophyte, c'est ça le succès.
Car les gens qui se "cassent" en plein milieu, incapables de ressentir cet amour exceptionnel de la musique et des gens qui englobe ce spectacle sans jamais nuire à la qualité vocale et musicale, n'ont qu'à se passer des CDs à la maison en se paluchant sur les harmonies. Car cet opéra n'a absolument rien qui discrédite la Musique, l'Opéra et le Compositeur.

Moi je dis un grand merci, car j'ai été ravie qu'un chef d'orchestre s'adresse à nous de cette manière, ravie d'avoir un nouveau regard sur ces gens qu'on regarde si peu habituellement, ravie d'avoir écouter une aussi jolie interprétation du King Arthur, ravie d'avoir vu des chanteurs dotés d'un réel don de comédie, ravie de voir que des artistes venus d'un autre domaine sont bel et bien capable de d'apporter leur graine à l'opéra.

MERCI à TOUS pour cette belle soirée.

Pour ceux qui n'ont eu la possibilité de le voir, je pense que le DVD vaut le coup, franchement n'hésitez pas, malgré ce que je vous ai dit, vous n'êtes pas au bout de vos surprises :




vendredi 18 janvier 2013

Sgombra è la sacra selva de Bellini

Aujourd'hui, j'aimerais partager et écouter avec vous un récitatif extrait de Norma (opéra de Bellini) :


"sgombra è la sacra selva"

Il ne se fait pas forcément remarquer dans l'oeuvre au premier abord, pourtant c'est un morceau très riche en beauté, en expression vocale comme orchestrale.

Adalgisa est dans les bois, seule, elle a peur car elle aime ce Romain, alors qu'elle est vouée à la religion, et donc à la chasteté. 

On est surpris par la tournure de la musique, cette intro animée et rythmée.

"Pas très dans l'ambiance" dirait le néophyte. Il faut chercher au fond de soi...  Quand on aime, et qu'on a pas le droit d'aimer, on est constamment tiraillé entre l'ivresse, les palpitations, le bonheur (très bien retranscrit par cette introduction) et par la culpabilité, la peur, le désespoir ici le thème principal de la voix, entrecoupée par ce "a tempo" de l'introduction et ses palpitations qui reviennent. Du génie !

Bellini savait exactement ce qu'Adalgisa pouvait ressentir !

Trois interprétations à vous faire écouter, toutes différentes, 2 bonnes et 1 hum...
(Je le répète, c'est en comparant qu'on fait progresser son oreille !)

1 - Ma référence : Fiorenza Cossotto, en Adalgisa (dans cette version, c'est Montserrat Cabbale qui chante Norma, un CD culte à avoir absolument). Une voix à la technique parfaite, ronde, très chaude, et sans limite. Dans sa langue natale, Fiorenza exprime parfaitement la puissance des mots. Une excellente référence de rigueur pour travailler le morceau.

2 - Shirley Verrett : rien à avoir, Verrett ça ne s'analyse, ça se savoure. C'est du rêve, c'est livre, ça monte dans le ciel, ça nous détache du sol. Ici, c'est la sensibilité pure, l'interprétation, l'envolée. Ecouter ce que Verrett fait, apporte un plus dans la finesse d'interprétation.

3 - Marilyn Horne, dont j'aime beaucoup beaucoup la voix, mais dont je déplore pas mal l'interprétation trop bling bling "jexposecequejesaisfaireavecmavoixenmefichantunpeudesintentionsducompositeuretdusentimentvrai". Oui Horne en fait toujours 3 tonnes. Certains adorent entendre ça, moi, le pain + la couche de beurre + le nutella + la crème chantilly + la pincée de cannelle, je trouve ça lourd.


Les voici, et dessous la traduction française, bonne écoute !
Vous pouvez trouver le livret en français ici

1- Fiorenza Cossotto :



*******
2- Shirley Verrett :



*******
3- Marilyn Horne :



*******

La forêt sacrée est déserte
Accompli est le rite.
Cachée de tous je peux enfin souperer
Ici, là où je le vis la première fois,
ce fatal Romain,
Qui me rend rebelle au temple, au Dieu

Fût-ce le dernière fois au moins ! Désir vain !
Une force irrésistible me traîne ici,
Et de cher aspect mon coeur se nourrit, et de sa chère voix...
Le souffle du vent me répète le son.

De grâce ! protège-moi, Ô Dieu !
Je suis perdue
Grand Dieu, aie pitié, je suis perdue.

---


Sgombra è la sacra selva,

Compiuto il rito.

Sospirar non vista alfin poss'io,

Qui … dove a me s'offerse

La prima volta quel fatal Romano,

Che mi rende rubella
Al tempio, al Dio …

Fosse l'ultima almen!
Vano desio!

Irresistibil forza qui mi trascina,

E di quel caro aspetto
Il cor si pasce,

E di sua cara voce

L'aura che spira mi ripete il suono.

Deh! Proteggimi, o Dio!

Perduta io son!

Gran Dio, abbi pietà,
Perduta io son!

mardi 7 août 2012

Sabine Steffan ou comment arrondir ses fins de mois

Je tombe aujourd'hui sur le site de Sabine Steffan qui propose des cours, des stages, des master class, qui a acheté le nom de domaine art-opera.com, qui en a un autre à son nom , qui clame de très bonnes intentions ("servir la musique et non s'en servir"), mais le hic, c'est la grosseur du business par rapport à la biographie, et les prétentions de la biographie par rapport à la réalité.

"Primée par plusieurs médailles d’or et mentions d’excellences lors du passage de ses diplômes elle se perfectionnera à Modène auprès du Maestro Pola, (maître de Pavarotti et de Mirella Freni) qui la conduira au niveau international.

Sacrée meilleur jeune talent Italien, elle sera reconnue par les critiques internationaux comme « une des grandes sopranos françaises »."

Lorsqu’elle revient en France en 1994, c’est pour travailler avec Madame Cadet de l’Opéra de Paris qui va l’aider à se former à la discipline de l’art de la Mélodie Française. C’est à cette époque que commence sa carrière internationale de concertiste.

Elle s’exprime à présent en Europe, en Amérique du sud, en Amérique centrale … et s’oriente avec enthousiasme vers de nouveaux horizons.

Pourtant quand on veut regarder l'actualité, les dates, on tombe sur : 

 
Sabine Steffan, disciple du légendaire art vocal italien est l’une des grandes sopranos françaises actuelles.
Elle obtient avec succès plusieurs médailles d’or et des mentions d’excellence lors du passage de ses diplômes et concours d’art lyrique au conservatoire international de parme.

Sabine Steffan poursuit une carrière internationale de concertiste, elle se produit au travers de récitals, concerts et festivals dans le monde entier. Reconnue par ses pairs, elle est sollicitée en tant que jury de concours de chant internationaux.

Sabine Steffan offre au public avec générosité et passion la pureté de son art et sa recherche d’absolu.

N'importe quel chanteur potable peut se débrouiller pour organiser et chanter dans des récitals humbles partout où on n'y connaît pas grand chose. Cela ne signifie pas une carrière internationale.
Par contre art-opera.com, ça a l'air de vouloir un sacré business.

Voilà un bon exemple de ce sur quoi il ne faut pas se monter la tête quand on débute, ou quand on débarque et qu'on veut progresser avec des pros. "Une des grandes sopranos françaises" a autre chose à faire que proposer des stages et des chambres sur un site.

Donc une biographie insistant bien sur les 3 ou 4 succès d'époque, et qui vanish le reste. On devine bien l'artiste dans la pente qui doit payer ses factures. Ce qui, biensûr, n'a rien de critiquable. PAr contre ce qui l'est, c'est de se prétendre au-dessus de ce que l'on est et de falsifier ainsi la valeur du grand chant et de son apprentissage aux néophytes. Les journaux locaux vont transmettre l'information de tel ou tel petit concert et affubler l'article de copier-coller du site... on retrouve donc les tirades sur la carrière internationale.

Oui car ceux qui s'y connaissent ne s'y trompent pas... Il n'y a qu'un morceau de Sabine Steffan sur son site et sur Youtube, on en déduit que c'est son meilleur, et ça n'est pas du niveau de choriste... mais ça trompe celui qui n'a pas encore l'oreille formée. 

Madame Steffan fait un très beau Mi bémol oui, pour attaquer son Ave Maria mais c'est tout. Fausses notes sur demi-ton,  absence de couleur, de nuance, d'interprétation, et alors après les 2:00 ... ça part carrément en cacahuète, retards, aigus sortis des joues et poussés, aïe aïe aïe. Non ce n'est pas tolérable de lire ce que lit et d'écouter ce qu'on écoute ici.

N'oubliez pas que les meilleurs professeurs n'ont pas besoin de se faire de la pub, et de trop parler.
Mieux vaut un professeur qui n'a pas fait grand chose, mais a une technique juste et l'humilité de vous rediriger ensuite.


Ecoutez. J'ai déjà entendu mieux sur des CD de Noël des éditions Atlas.



NB : je viens de tomber sur un autre morceau qui me fait réellement poser des vraies questions.... 
Un site qui parle d'un CD de Mme Steffan, (aucun CD de Mme Steffan n'est trouvable sur Amazon, chose qui va mal avec les qualités et la carrière qu'elle vante sur ses sites) vantant presque le talent qu'il faut pour enregistrer des airs d'opéra avec piano plutôt qu'orchestre (alors qu'on sait très bien qu'il faut être produit par une maison qui peut se permettre de payer un orchestre à un artiste qui va rapporter, c'est tout) 

"Si l' artiste a la chance d'être accompagnée par un excellent orchestre, la partie est à moitié gagnée !

Pourtant Sabine Steffan, n'a pas hésité à enregistrer un Cd de grands airs d'Opéras Italiens, uniquement accompagnée d'un piano. L'exercice est suffisamment périlleux pour qu'on salue l'audace et la réussite d'une telle prestation.

Car il s'agit bien d'une réussite !"

Ensuite le monsieur (ou la madame) en question, se permet même de comparer les interprétations à celle de Bartoli ou Callas...  Je clique pour écouter "Ebben ne andro lontana" de la Wally, et là c'est le drame.... Est-ce une farce que ce site? Un complot commercial? Ce monsieur (ou cette dame) n'a-t-il pas d'oreilles? 

Je vous laisse juger : la version Sabine Steffan, plate, ou des notes sont zappées, ainsi que les appogiatures t où l'aigu est faux d'un demi-ton.

Cliquez là :    (non le gif ne vient de nous, mais du site)


La version que je préfère, Cristina Gallardo, pas besoin d'être Karajan pour voir que ce n'est pas le piano, ou la qualité du son qui disqualifie la version Steffan.



“Sabine Steffan non ha una voce, è una voce”
L. Pavarotti

.........

Une bonne Turandot est une Turandot qui ne hurle pas

Suite à mon dernier article sur Turandot à Vérone 2012, je vous propose un extrait du Turandot de la Scala de Milan en 2002, chanté (je dis bien chanté, puisque je reproche à 90% des Turandot de hurler) par Alessandra Marc. Garder une ligne aussi fluide, mélodique, tout en finesse dans le rôle de Turandot est ce qui sépare les artistes des brailleurs.





A comparer avec une brailleuse, Lise Lindstrom, d'ailleurs trop jeune pour le rôle.
Le rôle demande le volume, l'endurance et la puissance d'une vraie soprano dramatique
.




Volontairement, après ces deux comparaisons, je vous laisse écouter le top, et là, vous comprendrez vraiment la différence, et bénirez la vieille école :) , celle où on ne faisait pas chanter ceux qui "peuvent" mais ceux qui transcendent.

Birgit Nilsson

AMO - ArenaMuseOpera : un musée de l'opéra ouvre à Vérone

Autre point notable de notre séjour à Vérone, un musée destiné à l'opéra ! Plus particulièrement à l'opéra dans les arènes de Vérone. Cela n'a pas rendu la visite moins intéressante, au contraire !

Le musée à ouvert le 23 juin 2012, dans les murs du Palazzo Forti qui abritait une galerie d'art moderne. Il a été conçu sous la direction de Kikka Ricchio, directrice créative de Musicart, qui fait la promotion de la culture musicale mais pas seulement.

Le billet est à 10 euros, ou 5 euros sur présentation de votre ticket d'opéra dans les arènes.
Cela vaut vraiment le coup.

L'AMO a pour but de faire découvrir et mettre en valeur la culture de l'opéra italien. Pour cela, sont exposés de nombreux documents exceptionnels, présentés ludiquement ; partitions manuscrites, lettres, notes de grands compositeurs, mais aussi costumes, croquis de décors, photos...

J'ai été pour ma part très ému de voir une lettre de Verdi dans laquelle il explique en précision ce qu'il attend de la chanteuse qui chantera Amneris. Cela a renforcé la conviction chère à mon coeur, que l'on ne peut pas faire n'importe quoi sur scène et que la priorité est de servir l'oeuvre telle que le compositeur l'a voulu.

En entrant, on traverse une forêt peinte par Adolf Hohenstein, du Falstaff de 1983 du Teatro della Scala.

Le musée propose une visite en 7 clés essentielles, dans 15 salles : 

  • Le libretto : le premier travail est l'écriture du texte, on y voit des originaux
  • La partition : le compositeur écrit la musique pour le texte en question, des originaux de Puccini et Verdi entre tant d'autres
  • Les croquis : esquisse de décors, Aida, Rigoletto, Tosca...






  • Les décors : des anciens décors d'Aida, monumentaux








  • Les voix : une petite salle de cinéma aménagée dans un salon du palais nous passe les plus grands airs des plus beaux opéras filmés dans les arènes de Vérone. On est saisi, on entend parfaitement, et on se rend compte de l'excellence des artistes. 



  • Les costumes : pour finir, ils sont éclairés à merveille, et l'on voit bien, de près, que ce sont des oeuvres, et pas de la chiffonnette. 

Costumes de Ping Pang et Pong (Turandot)



Le directeur des arènes de Vérone, Francesco Girondino est heureux : "ce sera le premier musée du monde entièrement dédié à l'opéra".

La plupart des objets exposés proviennent de la collection privée de la famille Ricordi, librettistes et surtout éditeurs musical depuis des génération.


Pour passer un moment calme, bercé des plus beaux morceaux du monde, nourri de lettres, notes et dessins, c'est ici.

http://www.arenamuseopera.com/



"Turandot" aux arène de Vérone 2012

Nous étions à la première ! Nous avons vu toute la journée les décors monumentaux se mettre en place, autour de l'arène, insérés par des grues ! Ça promettait !





Le soir venu une belle ambiance, était là. Il faisait chaud, le ciel était parfait. Lorsque vous êtes placés dans les "stalls", le dress code est strict : tenue de soirée/cocktail. Bref, ici on tient à ce que l'on s'habille bien pour venir à l'opéra.



La représentation a commencé à l'heure. Ce soir là, les magiciens étaient les suivant :

DIRECTION MUSICALE
Andrea Battistoni

MISE EN SCÈNE, SCÉNOGRAPHE
Franco Zeffirelli

COSTUMES
Emi Wada

CHORÉOGRAPHIE
Maria Grazia Garofoli

LUMIÈRE
Paolo Mazzon


Carlo Ventre
Nous pensions que sans non plus coller des micros aux chanteurs (pratique faussant les voix, et ne permettant pas une comparaison équitable des capacités des artistes), il y aurait des micros le long de la scène pour amplifier le volume général, mais non, c'était du 100% nature.
Et c'était un peu dur pour les oreilles, en effet, du 15ème rang bien en face, ce qui correspond à la première moitié proche de la scène, le volume était insuffisant, et la musique ne nous pénétrait pas. Cela tend à transformer l'opéra en spectacle musical et théâtral. Je pense que la musique doit être appréciée à un certain volume minimal pour faire vibrer notre être, c'est sensoriel et physiologique.


Amarilli Nizza
Le Calaf, Carlo Ventre le ténor uruguayen, un bon ténor qui fait bien son boulot, très bien même. Mais ses aigus se perdaient un peu dans le vide, et ne nous atteignaient pas comme le ruban vif et net qu'une voix doit être.
 
Liù, Amarilli Nizza, la milanaise,qu'on aurait eu beaucoup de mal à imaginer en pure et dévouée Liù, mais qui a tenu le rôle avec perfection, et surtout, avec une grande finesse. Son son a percé les coeurs. Voilà une femme qui prouve qu'elle sait endosser un personnage à l'opposé.


Giovanna Casolla
Et enfin Giovanna Casolla, qui nous a mitigé dans sa Turandot. Turandot, allias "le tombeau de la voix" est un rôle très difficile à chanter. CHANTER. C'est pourquoi beaucoup le hurle (comme récemment Lise Lindstrom à Orange... ). Giovanna Casolla a hurlé beaucoup de passage, et façon pas terrible puisque sa technique était dévoilée aux oreilles de tous par un hoquêtement d'attaque au début de chaque phrase. Forcément, avec ce traitement, la redescente aux mediums était très faible et inaudible (comme Lise Lindstrom à Orange). Cependant, dans les passages calmes et aigus, on entendait la très jolie voix de Mme Casolla. A propos, Mme Casolla a 67 ans ! Ce qui malgré tout force le respect. De plus donner (ou prendre) Turandot avant 40 ans, est bêtise et orgueil (comme Lise Lindstrom à Orange) car c'est un rôle pour un soprano dramatique plus qu'à maturité. Et pour ma part, je me fiche des jeunes chanteurs qui ont la grosse tête de voir cela comme un défi. L'opéra n'est pas un défi pour sa propre tronche, mais un honneur vis à vis des volonté d'un compositeur.
Ce qui m'a marqué dans la mise en scène, c'est le manque d'émotion, de geste, d'amour.
Le choeur très nombreux est chorégraphié dans le moindre détail et rend une masse fabuleuse, mais les personnages principaux... sont raides, font des gestes de bras... Le fameux baiser était affreux. Comme si les artistes étaient coincés devant un pupitre plus ou moins mouvant, ils ne vivaient clairement pas leur personnage. Ces personnages étaient sans personnalité.
Le tant attendu "Nessun Dorma" a été interprété avec brio par Carlo Ventre. Si bien, que les applaudissements n'ont même pas laissé l'orchestre finir le morceau, ce que je trouve très irrespectueux pour ces magiciens cachés dans la fosse.
Et là... "BIS !! BIS !! BIS!!", le public en voulait encore. Est-ce l'effet post-Alagna? Le fait de faire toutes les notes de Nessun Dorma est-il un exploit à présent? Je crois que oui. Moi il m'en aurait fallu plus, plus de tripes, plus de vibrant, j'aurais voulu que Carlos Ventre soit Le Calaf avec tout ce que ça implique.
Ils ont rejoué l'air. Et j'ai vu que les gestes de M. Ventre étaient exactement les mêmes. Pas de place à l'instinct.


Les décors et la dynamique générale auront été spectaculaire. Ca oui. Les costumes également. Une perfection. Bravo.
L'artiste la plus acclamée ce soir aura été Amarilli Nizza pour sa Liù. Comme quoi ce n'est pas forcément le rôle le plus long, le plus difficile et le plus présent sur scène qui peut marquer les coeurs, mais celui interprété avec le plus de sensibilité et de finesse. La voix de Nizza était comme un fil d'argent perçant la nuit au dessus des envolées de violons.

La soirée a été magique, et l'envie de revenir est là. Mais dans les tous premiers rangs, c'est sûr!





mardi 31 juillet 2012

Bye bye Alagna suite....Il en rajoute une couche

(voir précédent article sur le fiasco de Roberto Alagna dans "Turandot" à Orange)

Les critiques sont dures... Et Alagne se plaint, se défend. Les gens et la presse sont méchants, et l'enfoncent au lieu de l'encourager.



Dixit :

« Je sais que je prends un risque énorme, mais je suis comme ça, je ne lâche jamais. »

« Je ne comprends pas cette déferlante de méchanceté.

Le ton monte et sa voix se casse sous l’émotion des propos lus sur internet qu’on lui rapporte. « Des gens disent que je suis fini, que Turandot n’est pas un rôle pour moi. Je ne comprends pas cette déferlante de méchanceté. Ils devraient dire le contraire, du genre “pourquoi il ne se repose pas ?” J’ai toujours été là à donner le meilleur de moi, même diminué. Quand après l’ablation d’un kyste en 2007, les médecins m’ont interdit de chanter, j’ai fait Trouvère à Orange… »



Si M. Alagna ne comprend pas, c'est qu'il a sans doute confondu Star System et Opéra, qui est un art d'une exigeance sans limite.

Se vanter de prendre des risques pour assurer un rôle alors que les médecins ont interdit de chanter est pathétique, relève d'un orgueil pathologique (et certainement pas d'un amour du public ou de la musique). Alors que M. Alagna assume ses choix en silence, et cesse de se plaindre des réactions d'un public et d'une presse qui a des attentes légitimes.

Qu'on cesse de nous prendre pour des billes, les histoires de cachats et d'assurance y sont pour gros.


M. Alagna, oui, allez vous reposer, et ne détruisez pas ce qui vous reste d'intégrité pour si peu. Oui, si peu. A 50 ans, il n'est pas trop tard pour envisager une carrière basée sur l'élitisme et l'excellence, et non plus sur le culte de vous-même et de ce que vous pensez être votre réussite. 

Et ce n'est sincèrement pas de la méchanceté, mais de la consternation.

A qui cherche-t-on à plaire, c'est une question très importante quand on voue sa vie à l'art lyrique.

lundi 30 juillet 2012

Bye Bye Roberto Alagna

La presse l'attendait au tournant, elle lui tombe dessus dès la première soirée de Turandot à Orange...

>> Le Figaro : Roberto Alagna vaincu par Turandot
>> Le Point : Un "si" de trop
>> Nouvel Observateur : Alagna retrouvera t'il sa voix pour France 3

Franco-sicilien, belle gueule, assurance, autobiographie à 44 ans, prestance, un poulain parfait pour l'opéra français, qui trouve là le parfait marketing-man qui rapporte. La blague.



Roberto Alagna vient de passer ces dernières années à hurler, rouge comme une baudruche. Tout ceux qui avaient conscience de ça, tout ceux qui s'y connaissent en technique vocale correcte, le savaient : un jour, ça allait arriver, trop tôt.

Pavarotti de son vivant, l'avait prévenu de ne pas accepter trop vite des rôles trop lourds pour lui.
"Je sais ce que je fais." Et voilà. La destinée fatale des chanteurs de nos jours... On les pompe, ils ont la grosse tête, ils prennent, ils forcent, ils jouissent d'un Star System qui s'éloigne de la valeur réelle du grand chanteur, puis un jour ça claque. Et on les enterre. Comme Nathalie Dessay... qui a annoncé qu'elle allait passer à autre chose, école de clown et yoga... ? Oui, après avoir tiré de la mauvaise façon sur sa petite voix, pour impressionner la terre pendant 4 ans, puis développer des nodules sur les cordes vocales, se faire opérer etc...

On lit sur Wiki ;

"Mais en ce qui concerne réellement sa technique vocale hormis l'enseignement de Mr Ruiz, cela reste un peu dans le flou, peut être volontairement, étant donné que sa façon de chanter est quasi identique "techniquement" à celle de Luciano Pavarotti avec certes une couleur et une hauteur de voix différente."

Really? Vous avez déjà vu Pavarotti forcer sur scène? Devenir tout rouge avec veines du cou qui ressortent?  Pavarotti c'est léger, solide, illimité, aérien, posé. Alagna c'est forcé, lourd, agressif.

Dès le fiasco, Alagna se justifie sur son site :

Mes Chers Amis,

Depuis quelques jours je sens les passions se déchainer autour de ma prise de rôle de Turandot. Je tenais d'abord à remercier tous ceux qui me soutiennent dans cette aventure et à rassurer aussi toutes les "Cassandre" qui prédisent depuis des années ma fin avec une violence incompréhensible.
Je pense qu'il ne faut jamais répondre à la violence et je crois qu'on devrait avoir la dignité de se taire lorsqu'on ne sait pas. Ayant subi un lourd traitement aux antibiotiques pendant plus d'un mois en raison de pose d'implants dentaires en mode accéléré vu mon planning, j'ai développé une mycose à partir de la base de la langue jusqu'au tube digestif. Les cordes vocales sont saines mais elles subissent l'effet de cette mycose qui, en sécrétant, empêche les cordes de vibrer correctement. Je suis actuellement sous traitement "Fungizone" pour 12 jours (comme un bébé ayant du muguet !). Dans ces conditions, vous pouvez imaginer la difficulté d'une telle prise de rôle aux Chorégies d'Orange. Je n'ai pas voulu annuler car je tenais absolument à vous faire plaisir et à me faire plaisir.
Le rôle est lourd, c'est vrai, mais je peux vous assurer que je m'y sens curieusement plutôt à l'aise. J'espère avoir un jour la possibilité de l'interpréter au top de ma forme. Comme vous le savez, je suis quelqu'un qui ne baisse pas facilement les bras et mon intégrité d'artiste m'oblige souvent à repousser mes limites au maximum. Comme hier soir où je voulais être remplacé après le 2ème acte, hélas, il n'y avait personne pour cela. Le spectacle aurait pû être interrompu sans remboursement du public puisque le 1er acte était passé, et tous les artistes ainsi que moi-même rémunérés.
J'ai continué pour vous et je pense que montrer aussi des moments de faiblesse est parfois un grand et vrai moment de théâtre.
J'espère pouvoir récupérer pour la dernière représentation....
Je vous embrasse,
Roberto

Blablabla, certes, mais... M. Alagna, vous étiez au courant de la condition de votre gorge et des risques, et oui "nous imaginons la difficulté d"une telle prise de rôle", mais le "je n'ai pas voulu annuler car je tenais absolument à vous faire plaisir" , nous n'allons pas gober celle-ci... M. Alagna, on monte sur scène pour faire honneur à un compositeur et être digne d'un rôle. On monte sur scène pour la magnifier, y apporter sa touche d'âme. Ceci vis-à-vis de la musique...

Mais vis-à-vis d'un public, qu'on aime et qu'on respecte, on monte sur scène pour les combler et les surprendre toujours.
Pensez-vous vraiment que vos aléas personnels justifient un fiasco scénique. Ce n'est pas digne d'un grand, M. Alagna. Un grand sait gérer sa voix, son planning, ses montées sur scène.

Il est absolument intolérable de monter sur scène sachant qu'on risque de ne pas assurer. Ceci fait la différence entre un grand chanteur et un produit marketing.

De plus M. Alagna, vous traitez de Cassandre les personnes qui vous attendait au tournant. Comment expliquez-vous que ces gens savaient ce qui allait vous arriver un jour ou l'autre? Je ne vous souhaite que la sagesse de retourner dans le bon chemin, loin de l'orgueil et des contrats de vache à lait.

Oui nous sommes durs, et c'est en l'étant que le métier incroyable de chanteur d'opéra peut rester d'une exigence et d'une excellence absolue.

lundi 11 juin 2012

RARE : interview de Montserrat Caballe par Frédéric Mitterand, 1990

Montserrat Caballe explique comment sa carrière a démarré, à l'Opéra de Basel en Suisse.
Avec son grand sourire et son coeur sur la main, toujours un plaisir d'écouter Montserrat parler d'elle et du métier, un point de vue tellement grand et frais, chez une femme si simple et vraie.

"Il ya un mélange très étrange entre la musique et soi-même, comme un mariage. (...) Difficile à croire pour les personnes qui n'ont pas ce sentiment mais quand on se sent marié à la musique, on n'a pas besoin de la gloire."  A méditer.

Interview (1990) de Montserrat Caballé par Frédéric Mitterrand + court extrait de « Roberto Devereux » avec José Carreras à Aix-en-Provence in 1977