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mercredi 29 mai 2013

Michael Spyres, le ténor qui remet les pendules à l'heure

Bonjour à tous,

Nous vous invitons à découvrir, si vous ne le connaissez pas déjà, Michael Spyres, sans doute le meilleur ténor actuel. Quelle claque ! Cela faisait si longtemps qu'on avait pas entendu une excellence aussi proche de celle de Pavarotti !

Une technique absolument parfaite, doublée d'une interprétation fine et sensible... Quelle grandeur !

Cela fera un très bon point de comparaison avec les mauvais ténors, pour entendre très facilement les différences et lacunes... Dans un prochain article, promis !  Bonne écoute !

Salué par le magazine français Opéra comme «l'un des meilleurs ténors d'aujourd'hui» et décrit par le New York Times comme chanteur avec une "voix brillante, pénétrante et une fabuleuse technique", Michael Spyres s'est imposé comme l'un des interprètes les plus distingués et acclamés, surtout dans le bel canto et le répertoire français.







jeudi 14 mars 2013

Interview : 5 questions à Pretty Yende

Suite à notre article découverte de Pretty Yende, voici une courte interview qui intéressera ceux qui veulent en savoir plus sur comment les chanteurs qui ont réussi ont percé... Même si on ne saura jamais tout :)

Il se dégage des choses qu'on retrouve souvent : détermination, force morale, attitude positive face à l'échec, confiance en soi, authenticité. Je pense cependant qu'une grosse dose de chance est nécéssaire pour se faire une place en restant soi-même, il faut tomber sur les bonnes personnes.

***


Après avoir remporté haut la main le Concours Bellini ainsi que le Concours Opéralia de Placido Domingo, Pretty Yende a été nommée « artiste en résidence » à la Scala de Milan où elle fera le 30 juin ses débuts dans un premier grand rôle : Norina de Don Pasquale. Cinq questions à une personnalité résolument fulgurante.

Comment est née votre vocation ?
Je me souviens d'une soirée chez moi, en Afrique du Sud, mes parents et moi regardions la télévision et apparait une publicité pour une compagnie aérienne dans laquelle on entend un duo de Lakmé. J'étais fascinée. C'était la première fois que j'entendais ce genre de musique. J'avais 16 ans. Le lendemain, au lycée, j'en ai parlé à mon professeur de musique qui m'a expliqué qu'il s'agissait d'un opéra. « C’est ce que je veux faire » ai-je répondu. J'avais ressenti quelque chose de tellement puissant, un tel sentiment d'apaisement total, une telle joie... Il fallait que je la communique à d'autres. Ce professeur m'a prévenu que l'art lyrique était une discipline difficile, qui demandait beaucoup de travail et énormément de talent. Face à mon obstination, il m'a proposé de rejoindre la chorale de l’école. Après quelques semaines, il est venu vers moi et m'a dit « Je suis désolé Pretty, mais tu n'es pas chanteuse, tu n'as pas la voix qu'il faut. ». J'ai donc arrêté la chorale, sans abandonner pour autant l'idée d’être chanteuse. J'étais très têtue. Peu après, j’ai appris que notre école allait bénéficier de cours d'opéra, et que pour y entrer, il fallait chanter ce fameux duo de Lakmé. À mes yeux, il ne pouvait s’agir d’une coïncidence. Ce professeur a bien voulu m'aider à préparer le concours. Le jour J, j'étais tellement nerveuse que je tremblais comme une feuille, au point que la fermeture ma robe s'était déchirée. Je me souviens être entrée sur scène pleine d'épingles ! Finalement, je suis arrivée deuxième. Et depuis, le chant ne m'a pas quittée.

Vous avez-vous décidé de faire du bel canto romantique votre spécialité...
Pendant mes études en Afrique du Sud, nous étudiions des extraits d'opéras. Et lorsque j'ai entendu pour la première fois Lucia di Lammermoor, I Puritani et La Sonnambula, je me suis penchée sur ce type d'opéras. Le premier air que j'ai chanté interprété alors était « Qui la Voce sua soave » (I Puritani), et j'ai senti que mon chant était naturel. Je n'avais pas l'impression d'essayer ; c'était facile. Mais je me suis dit que ce répertoire n'était pas pour moi qui suis soprano lyrique, mais plutôt pour des voix de soprano léger ou colorature, qui sont naturellement plus agiles. Et je me suis remise à travailler mon Puccini. Lorsque je suis arrivée à l'Accademia de la Scala, Mirella Freni m'a dit : « Tu sais, c'est très bien que tu chantes ces grands rôles lyriques, mais tu as 25 ans, essaye-toi au bel canto, on ne sait jamais. Dans cette école, on peut t'apprendre. Avec une voix complexe comme la tienne, qui a une couleur particulière mais aussi une agilité remarquable, il faut que tu essayes ». Je suis donc revenue à mon intuition première, j'ai chanté Adina, Norina et je me suis sentie parfaitement à l'aise.

Vous avez participé à de nombreuses compétitions (Leyla Gencer, Montserrat Caballé, Hans Gabor Belvedere...), n'est-ce pas trop stressant ?
Je refuse de paniquer. On ne peut pas se laisser aller à la panique, parce qu'on risque de s'y perdre. Ce qui doit arriver arrivera, il faut accepter de ne pas avoir de pouvoir sur tout. Après mes études au Cap, je voulais savoir si mon travail, qui commençait à porter ses fruits en Afrique du Sud, était à la hauteur du niveau européen. Et les compétitions me permettaient de me présenter au monde de l'opéra et de n'avoir qu'un ticket à payer. C'est mon côté femme d'affaires ! Je présentais mon travail, « Je suis comme ça, qu'en pensez-vous ? », et aborder la chose sous cet angle m'ôtait toute pression puisque je n'envisageais pas le concours sous l'angle de la compétition. Par bonheur je n'ai pas arrêté de gagner ! Ensuite j'ai prêté davantage attention au jury de chaque concours. C'est ainsi que j'ai pu rencontrer Montserrat Caballé, Placido Domingo. Ils avaient une longue et brillante carrière derrière eux. J'ai réalisé que j'avais là l'opportunité de me rapprocher d'eux et de m'en inspirer.



Comment s'est passée cette rencontre avec Placido Domingo ? 
C'est un homme incroyable et un musicien exceptionnel. Il a apporté un grand soutien à tous les chanteurs qui se présentaient au concours Operalia. Plus généralement, tous les artistes que j'ai eu la chance de rencontrer jusqu'à présent m'ont donné d'excellents conseils. je me souviens que Montserrat Caballé m'avait dit « Pretty, n'autorise personne - pas même toi - à te pousser à chanter des rôles que tu ne seras capable de chanter que plus tard ». On ne réalise pas toujours à quel point il est primordial d'être capable de bien choisir son répertoire en fonction de ses capacités à un moment donné. On a toujours tendance à nous proposer des grands rôles sous prétexte que notre voix convient. Mais il faut savoir dire non, parce que personne d'autre que nous ne peut nous dire si nous sommes en mesure de le faire, vocalement et techniquement.



N'avez-vous jamais rencontré d'échec ? 
Si, bien sûr ! Enfin, tout dépend de ce qu'on entend par « échec ». J'ai grandi avec l'idée que dans la vie, on n'obtient pas toujours ce que l'on veut ou ce que l'on pense vouloir. Dans la vie on obtient toujours ce que l'on doit avoir au moment où on est censé l'avoir. Lorsque je passais des auditions et que plusieurs jours après je n'avais toujours pas de réponse, j'étais bien sûr blessée, je me demandais ce que j'avais mal fait, je me disais que j'étais meilleure que les autres candidats... Comme n'importe quel être humain ! Et puis avec le temps, je me suis rendu compte que je n'avais pas besoin de telle ou telle audition, mais que le chemin que j'avais suivi me convenait exactement. 


Propos recueillis par Elise Haddad en 2012
http://www.forumopera.com/

mercredi 13 mars 2013

Pretty Yende ; une étoile montante qui remet les valeurs du chant en place

Je viens de découvrir une perle. Mais une perle d'une pureté !

Des amis me parlent d'une étoile montante, exceptionnelle etc... Comme souvent je suis sceptique...

Mais là, je dois dire que l'étoile en question m'a coupé le sifflet.

Je vois d'abord une jeune femme simple, élégante, d'une beauté naturelle, s'avancer avec une timidité dans les yeux...  Puis la professionnelle prend le dessus, elle ouvre la bouche et.... Une splendeur.

Une splendeur qui vous fait comprendre à quel point les Fleming, Dessay et autre pseudo-stars ne sont que du flan, du bricolage. Ici nous avons le vrai chant d'opéra, la technique, la finesse, la puissance, la beauté, l'homogénéité. Bref, un exemple typique qui une fois qu'on l'a écouté, nous permet de comprendre le fossé problématique entre le Grand Chant et le faux spectacle.

Savourez, et n'oubliez pas son nom, elle fera des étincelles.

Pretty Yende, née en 1985, originaire de Mpumalanga en Afrique du Sud. Diplômée du South African College of Music et de l'Accademia Teatro alla Scala à Milan. Elle gagne le 1er prix au concours Vincenzo Bellini International en 2012, et en 2011 le 1er prix d'Operalia, The World Opera Competition. En 2012 elle chante le rôle de Musetta dans La Bohème de Puccini à la Scala de Milan. Elle fait ses débuts au MET de NY début 2013 dans le rôle d'Adèle dans le Comte D'ory de Rossini, auprès d'un des meilleurs ténors du moment, Juan Diego Florez.

mardi 7 août 2012

Une bonne Turandot est une Turandot qui ne hurle pas

Suite à mon dernier article sur Turandot à Vérone 2012, je vous propose un extrait du Turandot de la Scala de Milan en 2002, chanté (je dis bien chanté, puisque je reproche à 90% des Turandot de hurler) par Alessandra Marc. Garder une ligne aussi fluide, mélodique, tout en finesse dans le rôle de Turandot est ce qui sépare les artistes des brailleurs.





A comparer avec une brailleuse, Lise Lindstrom, d'ailleurs trop jeune pour le rôle.
Le rôle demande le volume, l'endurance et la puissance d'une vraie soprano dramatique
.




Volontairement, après ces deux comparaisons, je vous laisse écouter le top, et là, vous comprendrez vraiment la différence, et bénirez la vieille école :) , celle où on ne faisait pas chanter ceux qui "peuvent" mais ceux qui transcendent.

Birgit Nilsson

lundi 11 juin 2012

RARE : interview de Montserrat Caballe par Frédéric Mitterand, 1990

Montserrat Caballe explique comment sa carrière a démarré, à l'Opéra de Basel en Suisse.
Avec son grand sourire et son coeur sur la main, toujours un plaisir d'écouter Montserrat parler d'elle et du métier, un point de vue tellement grand et frais, chez une femme si simple et vraie.

"Il ya un mélange très étrange entre la musique et soi-même, comme un mariage. (...) Difficile à croire pour les personnes qui n'ont pas ce sentiment mais quand on se sent marié à la musique, on n'a pas besoin de la gloire."  A méditer.

Interview (1990) de Montserrat Caballé par Frédéric Mitterrand + court extrait de « Roberto Devereux » avec José Carreras à Aix-en-Provence in 1977

samedi 31 mars 2012

Un blog essentiel qui dénonce la médiocrité : L'école Française de chant,

Je vous propose un site que j'ai découvert récemment et dont les articles seront un excellent plus à la lecture de Vera Voce, qui est plus volubile.

Il s'agit de http://lecolefrancaisedechant.unblog.fr/  qui se présente lui-même comme ceci :

"Ce blog a été créé par des artistes et des auteurs las du misérabilisme où se trouve réduit l'art vocal en France, las des contrevérités, des omissions, voire de l'ignorance, émises et étalées par des médias et des responsables dits culturels. Il n'est pas question, évidemment, de vouloir tout changer, de critiquer sans mesure et cette page n'aura pas le pouvoir de rétablir, hélas, le chant et autres spectacles vivants aussi mal lotis à son plus haut niveau : à l'impossible nul n'est tenu…. Cette page répond seulement à un impérieux besoin d'informer là où sévit la désinformation et s'adresse à tout public : musiciens, passionnés du bel canto, ainsi que de l'art et des lettres en général."

Je l'ai découvert en tombant sur l'artible "Le règne des impostures" , que j'ai trouvé si juste, et que je me permets de partager ici pour donner envie d'aller voir le reste :


"Où les impostures sont reines, le gaspillage est roi.
 
            Tel est le cas dans le domaine que nous défendons : l’Ecole française de Chant. Ne nous leurrons pas, les stars médiatisées ne servent qu’elles-mêmes et ceux qui les promeuvent ; elles ne sont pas des locomotives dans un pays qui a sabordé ses chanteurs lyriques. Où se formaient ceux qui ont fait la gloire de notre Ecole de Chant ? Au sein des troupes. Il y en avait partout des troupes. Aussi des concerts magnifiques dans les églises, non seulement les parisiennes. Le répertoire d’oratorio s’y déploie avec bonheur, même si souvent l’acoustique en est mauvaise : le caractère idiomatique du lieu pallie beaucoup de défauts et le genre porte à la méditation. E. T. A. Hoffmann (oui, oui, celui des Contes) était de cet avis. Il y a vingt ans, moins d’une génération, ces concerts étaient courus et les artistes étaient portés par l’enthousiasme du public. Aujourd’hui, il y a souvent plus de monde à l’orchestre et dans les chœurs que dans l’église elle-même : quelle joie de jouer et de chanter pour des chaises vides ! D’où dégoût général des interprètes, on peut s’en douter.
            Dans les théâtres, plus de troupes de chanteurs lyriques, là pourtant où tous nos modèles ont appris leur métier : nous tairons les noms, chacun les connaît.
            Tout le monde était fier de ces artistes, ce qui n’empêchait pas d’aimer le sport, d’en pratiquer : il est vrai que le matraquage télévisuel à l’heure de la démocratie à pensée unique, fric en tête, bling-bling à la rescousse et principe de précaution à la KGB n’existait pas et que la télévision s’était donné une tâche didactique qu’elle remplissait à merveille. Ce temps n’est plus…
            Revenons plus spécifiquement aux chanteurs lyriques : donc, plus de troupes, beaucoup de théâtres fermés ! Quant à ceux qui existent toujours, ils se survivent, avec des directeurs « en régie », payés (planqués) quoiqu’il advienne (alors qu’au temps jadis les théâtres en concession obligeaient les directeurs à un résultat, sinon ils crevaient de faim) et donnent par an le nombre de représentations que l’on donnait par mois il y a encore une trentaine d’années. Et cela avec des mises en scène de gens en place qui prônent la laideur et se foutent pas mal de la musique, du texte, du contexte de la création de l’œuvre, des contraintes physiologiques du chant, etc. Enfin, tout le monde sait cela, tout le monde s’en plaint, c’est le contribuable qui paie, ça coûte cher à tous, et ça continue… Et tout ce monde de pseudo-intelligents (nous n’osons pas dire intellectuels, tant ce mot est devenu une injure) prend des mines, jacte sans cesse dans les machins audio-visuels, fait écran à ceux qui auraient quelque chose à dire, enfin vous nous aurez compris…
            Parallèlement, observons que notre Université baisse sa culotte jusqu’au moment où elle n’en aura plus. Vous savez, bonnes gens, que nos étudiants ne sont plus confrontés à l’exigence de la Thèse d’Etat et que les professeurs « harmonisent » les notes lors des examens, ce qui veut dire en clair que ces professeurs ne sont pas libres de leur notation mais doivent satisfaire aux moyennes nationales.
            Cela est une chose que peu de personnes connaissent : il faut que ce soit su !
            Revenons à notre Ecole française de Chant : bien malade en vérité ! D’où cela peut-il venir ? Non du manque de voix, car chaque génération possède, en principe, sa part où chacun peut faire valoir son génie propre. Il est vrai que les populations décervelées par l’audiovisuel niveleur, par les écrans qui n’offrent qu’un horizon limité, par les « principes de précaution » et autre panique devant le risque permanent que présente le seul fait de vivre, ne se donnent pas le temps de s’extraire de ces charniers de l’intelligence pour oser être ce qu’elles sont. Il existe heureusement des exceptions qui sont condamnées au silence si un lobby ne s’emparent pas d’elles, ces exceptions, pour les « formater » au goût de la tomate américaine, sans odeur, sans saveur, juste conçue pour ressembler à une tomate bien plus belle que celle qui va pousser dans notre potager !
            Nous vous la faisons courte : l’enseignement est désastreux et toutes les « Ecoles de Musique », ou ce que l’on nomme telles, fabriquées « pour favoriser la pratique amateur » (je ne parle ici que du chant) devraient fermer des classes qui ne servent à rien et coûtent les yeux de la tête au contribuable. Cela permet aux planqués et aux usurpateurs d’avoir des places rémunérées, pas très bien, mais rémunérées quand même, en attendant la sacro-sainte retraite, comme si un artiste était jamais à la retraite. Les généraux ne le sont jamais, eux.
            Nous connaissons tel ou telle qui ne doit sa réputation que pour s’être mis à la remorque d’un artiste justement célèbre par des moyens que n’eût pas reniés Laïs : la voix est horrible, l’érudition nulle, l’allure commune, mais les élèves se précipitent à des leçons qui ne leur apprennent rien parce qu’ils savent que l’artiste-justement-célèbre n’est pas loin et pourra rédiger de bonnes lettres de recommandation, bien que l’artiste – etc. n’en pense pas un mot, mais par habitude, peut-être par mollesse au souvenir d’ébats sexuels passés ou pour échapper à l’enfer de la scène de pseudo-ménage ! Cela est banal, me direz-vous, et existe depuis toujours. Citons la grand-mère d’un de nos amis : « L’amour est aveugle et le trou-du-cul est borgne ! » Sagesse de nos campagnes.
            Quand on voit ce tableau navrant, l’envie est forte de baisser les bras. La médiocrité, voire la nullité, triomphe. Un riche mécène favorise l’enseignement dans notre pays d’un calamiteux ténor des Amériques, alors que nous avons encore de grands maîtres presque silencieux par la force de l’ignorance mêlée au pognon, à la politique et à la sexualité vénale. Nous n’avons rien contre le mélange des genres, mais pas au détriment d’un art qui se meurt. Il n’est pas encore mort : il y a des îlots de résistance où seul demeure l’amour de l’art, malgré des budgets saignés à blanc et les diktat(s) des petits chefs.
            En lieux dit hauts, c’est une catastrophe nourrie par l’ignorance et le manque du plus élémentaire bon sens (qui n’est pas « la chose du monde la mieux partagée », mon pas-du- tout-cher Descartes). En dévalant la pyramide de cette hiérarchie d’incapables, la dégringolade mortifère s’accélère et mine les fondations : c’est un phénomène physique admirablement relayé par ce qu’il est convenu d’appeler « l’esprit humain. »
            L’Ecole française de Chant est dans la ligne de la Chronique d’une mort annoncée (Garcia Marquez, pour ceux qui ne sauraient pas). Exemple de l’inculture générale : ce matin, nous appelons la FNAC pour savoir s’il existait en DVD le Falstaff et l’Othello, films d’Orson Welles : nous tombons sur ce qu’on nomme plate-forme, ces machins que vous connaissez où, comme des débiles, on répète vingt fois la même chose à des machines ; une voix suave répond enfin pour demander ce qui venait de lui être dit vingt fois… A l’évocation de nos deux bonshommes dont « on cause » quand même depuis le XVIe siècle, on s’entend demander comment ça s’écrit (« épeler » n’est plus d’usage) et de dire les titres un par un. La propriétaire de la voix suave n’a toujours pas compris. Nous explosons : « Mais enfin, ce sont des personnages de Shakespeare, tout le monde sait cela ! » ce qui a attiré la réponse : « J’ai quand même d’autres chats à fouetter ! » Pauvres bêtes !
            Voilà, ô peuple, où nous en sommes. Pleurons sur l’Ecole française de Chant, pleurons sur l’école tout court, pleurons sur l’Université, pleurons sur la perversité des temps, pleurons sur la mort de l’art. Nous n’aurons bientôt plus de larmes, plus d’yeux pour pleurer non plus : même cela on nous l’aura volé, grillés qu’ils seront aux écrans ubiquistes. Hélas ! Trois fois hélas !
            Pour croire encore en quelque chose, il faut avoir la foi du charbonnier…"

Gabriel Bacquier et Sylvie Oussenko, le 17 juin 2010


Je remercie ces auteurs de l'avoir dit aussi bien. Ils me font penser à mon cher maître de chant, qui m'a appris la grandeur, le perfectionnisme, la difficulté, la Grande Ecole. 

Je les ajoute dans nos liens préférés, les suivrai passionnément et ferai tourner biensûr ! Car la bonne parole doit se répandre.

J'espère qu'à Vera Voce, nous serons le digne petit frérot de ce grand blog, en nous adressant à ceux qui sortent de l'oeuf.


Gabrielle.