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jeudi 11 avril 2013

Carmen n'est pas une pute !

Mérimée s'en retourne dans sa tombe.

Connaissez-vous la consternation proche de la rage d'un amoureux de la beauté de l'opéra, de la littérature et de la vraie voix quand il tombe sur un navet rabaissant l'oeuvre sous terre?

C'était mon cas en visionnant "Carmen" de Bizet, sur Mezzo la semaine dernière :



Carmen, opéra-comique en quatre actes de Georges Bizet.
Livret d'Henri Meilhac et Ludovic Halévy d'après la nouvelle de Propser Mérimée
Orchestre Révolutionnaire et Romantique, John Eliot Gardiner (direction), The Monteverdi Choir
Adrian Noble (mise en scène)
Anna Caterina Antonacci (Carmen), Andrew Richards (Don José), Anne-Catherine Gillet (Micaëla), Nicolas Cavallier (Escamillo), Françis Dudziak (Le Dancaïre), Vincent Ordonneau (Le Remendado), Matthew Brook (Zuniga), Riccardo Novaro (Moralès), , Virginie Pochon (Frasquita), , Simon Davies (Lillas Pastia)
Réalisé par François Roussillon (3h00)
Enregistré à l'Opéra Comique de Paris (2009)
Carmen comment vous ne l'avez jamais entendu : John Eliot Gardiner donne un éclat nouveau à la partition de Bizet. Enregistré à l'Opéra-Comique de Paris, cette production se distingue aussi par la présence dans le rôle-titre d'Anna Caterina Antonacci, au timbre d'une rare sensualité.



(Biensûr, je ne vais même pas parler de l'horreur honteuse de la saison dernière à Bastille, avec une mèmère en Monroe...)

Le décor était joli mais la lumière un peu pesante. Toujours cette ambiance fond noir et lumière chaude qu'ils se sentent obligés de mettre... C'est si basique... N'ont-ils pas vu le Carmen frais de Karajan avec Grace Bumbry...  ?

Et quand j'ai vu Carmen, j'ai immédiatement vu l'énorme erreur de casting. Anna Caterina Antonacci n'a pas du tout l'attitude. Chacun de ces gestes forcés me fait retourner dans le temps, au cours de théâtre de mon collège. Mlle Antonacci a de toute évidence été guidée par un metteur en scène dont la vision de la coquinerie féminine est aussi triste qu'une saucisse vide. "Allez aguiches mieux que ça !!"

Le comble... Carmen a de l'humour dans cette version... Elle s'agenouille au niveau du sexe du soldat en faisant la coquine... C'est d'un mauvais goût... La mutinerie serait donc incompatible avec l'élégance... Vous pensez Messieurs? Ahh des millions d'années d'évolution pour ça.

Bon sang, Carmen est une jeune fille de 15 ans qui se veut libre, refuse d'être enchaînée, et change d'amoureux dès qu'il se fait trop pesant.  = une pute? Sans doute, pour ce genre de metteurs en scène d'aujourd'hui... Des hommes avec une si haute connaissance de la féminité? Merci pour la sublimation, bonjour le cliché. Ressortons-nous de la salle en ayant découvert une nouvelle sorte de personnage comme le souhaitait Mérimée, ou avec un cliché de plus de la saloperie féminine?

Ici Anna Caterina Antonacci en fait des tonnes et on voit bien que ça n'a rien de naturel, qu'elle n'a pas la séduction animale dans les veines. La voix ne suit pas non plus... Trop lourde, peu fluide, saccadée et sans aucune sensualité. Mlle Antonacci est faite pour des rôles plus lourds et plus graves.
Chaque scène m'a semblé une farce. Chaque début d'air, qu'on ne peut s'empêcher d'attendre impatiemment, une déception. La sensualité forcée est vraiment la dernière chose qui ferait une Carmen.

De plus les grimaces pour sortir les sons... ça n'aide pas vraiment à faire couler du miel. Le décolleté ne compense pas.

L'opéra est chanté en français... et sous-titré français.. qu'est-ce-que cela veut dire? Qu'on est tolérant quand on ne comprend rien de ce que dit le chanteur? C'est insultant pour les chanteurs qui ont fait un travail de diction parfaite, et humiliant pour ceux qui baragouinent.

Bref....



lundi 21 janvier 2013

The King Arthur à l'Opéra Royal de Versailles, mise en scène par Shirley & Dino, dirigé par Hervé Niquet

J'avais réservé depuis des lustres King Arthur, à l'Opéra Royal de Versailles, mis en scène par Shirley & Dino. C'était ce week-end.
L'ami qui m'accompagnait, néophyte, pensait se rendre à un baroque à la mise en scène bien pénible où il fallait absolument faire un travail psychique pour savourer les notes divines sans se plomber. Moi, j'étais un peu sceptique et curieuse, sans à priori. J'ai déjà vu aux Etats-Unis des mises en scène fabuleuses créées par des gens qui venaient de tout autre horizons, et je trouve cela absolument beau car cela prouve que l'Opéra n'est pas l'affaire d'un mince cercle fermé.

Donc, pour la présentation, Ce King Arthur est donc mis en scène par Shirley et Dino, sur proposition de Hervé Niquet (direction musicale, choeur et orchestre du Concert Spirituel)

J'avais vu quelques images à l'avance, j'avais peur d'un modernisme triste et plat. Et je n'ai pas été servie, heureusement.

Je ne connaissais pas plus que ça Shirley et Dino à vrai dire. D'ailleurs je ne m'attendais pas à ce qu'ils participent à cet opéra-spectacle. Dino/Gilles, on le voit beaucoup. En duo de choc avec Hervé Niquet, ils ponctuent à eux deux l'opéra pendant les changements de décors, entre les actes.

Car il faut savoir que King Arthur est à la base un semi-opéra qui dure 5 heures, dont à peine 2 heures de chant. Ici on n'a gardé que les 2 heures de chants, on passe donc directement d'un tableau à l'autre, sans vraiment de ligne dans l'histoire. Et c'est pour cette raison que les interventions de scène des deux compères sont les bienvenues et ne semblent pas déplacées.

Ma critique va se fonder (et cela va pourtant la rendre complète) sur la réaction d'un Monsieur qui pendant une interlude de Dino et Hervé a hurlé d'une voix d'huissier "On se casse", avant de claquer la porte. Cela m'a fait terriblement mal au coeur. Pourquoi?

- Déjà, parce que c'est absolument irrespectueux. A l'Opéra, on paye sa place, on sait ce qu'on va voir et si on n'est pas content, on peut huer à la fin, siffler, c'est légitime que le public donne son avis. Mais partir pendant, se faire remarquer, déconcentrer les artistes... c'est absolument nombriliste, médiocre et discourtois.

- Oui, je n'ai jamais vu ça à l'Opéra, le chef d'orchestre qui monte sur scène pour s'adresser au public, exprimer son humour, faire rire... je n'y vois aucune pitrerie mais bien une volonté de se rapprocher d'un public, d'effacer la froideur habituelle, et même de nous éduquer ! C'est réussi et la majorité a vraiment apprécié ce partage. Les instrumentistes ont joué le jeu des gags, ils ont affirmé leur présence, on a vu leur visage, on les a vu rire avec nous, quelle chaleur !


- Des détails, des gags, de l'humour se sont infiltrés même pendant les actes... Est-ce que cela a dénaturé la musique? Est-ce que cela tourne en dérision l'oeuvre de Monsieur Purcell? Est-ce que cela a effacé le talent immense des artistes? Et bien pas du tout ! La musique du Concert Spirituel était magique, le choeur éblouissant, et les solistes étaient vraiment d'un superbe niveau. Les décors étaient franchement beaux, et superbement éclairés, on y était avec le Roi Arthur, sans soucis.

- Il s'agissait simplement d'un Roi Arhur différent. Nous ne sommes pas dans le solennel ici, mais dans une interprétation (quel intérêt sinon d'inviter des metteurs en scène venus d'ailleurs) proche de l'univers Monty Python, qui est cultissime, cela a du sens. João Fernandez dans ce rôle est éblouissant de talent. Son visage joue à chaque seconde, il bouge, il court, il roule, il danse, sans jamais altérer sa voix qui reste parfaite du début à la fin. Chapeau, un vrai exercice de style. Le rôle lui va comme un gant. C'est d'ailleurs ce que j'ai pensé de chaque soliste, et c'est chose rare. Ana Maria Labin et Chantal Santon-Jeffery, dans le rôle des courtisanes étaient à tomber. En plus d'être belles et d'avoir la voix superbe et précise tout en finesse, elles sont joué la comédie à la perfection. Rarement vu un crêpage de chignon aussi crédible et joli sur scène !




- Le choeur pour une fois a été très bien mis en valeur, on repère chaque chanteur, sa participation, son jeu, car le choeur ne s'est pas reposé sur ses lauriers... chorégraphie, comédie, patins à glace, le tout dans la perfection de l'ensemble vocal, c'est une performance. On les a tous remarqué, ils n'étaient pas dans l'ombre ou en position secondaire, mais représentait bien une des unités principales de la scène.

- On sent que le trio Shirley/Dino/Niquet a souhaité donné sa vraie place à chacun, et y rendre hommage, instrumentistes, machinistes, choristes, et même public, et de cela s'est dégagé un immense amour qui en touché plus d'un, car le spectacle est un succès.



Si je devais parler d'une chose qui m'a déçue, oui il y en a une : j'attendais comme beaucoup de monde l'aria "What power art thou who from below" , et j'ai été assez déçue par le tempo choisi. Cet air est tellement puissant, beau et inhabituel, et mérite qu'on prenne le temps, là on est passé à côté. (exemple, de tempo hein ;) la version d'Andreas Scholl, que j'aurais préféré par une basse... Cependant l'instru est superbe)

Mon ami a passé un très bon moment d'opéra, il a découvert la musique du Roi Arthur sans en perdre une goutte, il en a pris plein les yeux avec le décor, les costumes, les coiffures, les mouvements, et, cerise sur le gâteau, a bien ri. Et, plaire au connaisseur comme au néophyte, c'est ça le succès.
Car les gens qui se "cassent" en plein milieu, incapables de ressentir cet amour exceptionnel de la musique et des gens qui englobe ce spectacle sans jamais nuire à la qualité vocale et musicale, n'ont qu'à se passer des CDs à la maison en se paluchant sur les harmonies. Car cet opéra n'a absolument rien qui discrédite la Musique, l'Opéra et le Compositeur.

Moi je dis un grand merci, car j'ai été ravie qu'un chef d'orchestre s'adresse à nous de cette manière, ravie d'avoir un nouveau regard sur ces gens qu'on regarde si peu habituellement, ravie d'avoir écouter une aussi jolie interprétation du King Arthur, ravie d'avoir vu des chanteurs dotés d'un réel don de comédie, ravie de voir que des artistes venus d'un autre domaine sont bel et bien capable de d'apporter leur graine à l'opéra.

MERCI à TOUS pour cette belle soirée.

Pour ceux qui n'ont eu la possibilité de le voir, je pense que le DVD vaut le coup, franchement n'hésitez pas, malgré ce que je vous ai dit, vous n'êtes pas au bout de vos surprises :




mardi 7 août 2012

"Turandot" aux arène de Vérone 2012

Nous étions à la première ! Nous avons vu toute la journée les décors monumentaux se mettre en place, autour de l'arène, insérés par des grues ! Ça promettait !





Le soir venu une belle ambiance, était là. Il faisait chaud, le ciel était parfait. Lorsque vous êtes placés dans les "stalls", le dress code est strict : tenue de soirée/cocktail. Bref, ici on tient à ce que l'on s'habille bien pour venir à l'opéra.



La représentation a commencé à l'heure. Ce soir là, les magiciens étaient les suivant :

DIRECTION MUSICALE
Andrea Battistoni

MISE EN SCÈNE, SCÉNOGRAPHE
Franco Zeffirelli

COSTUMES
Emi Wada

CHORÉOGRAPHIE
Maria Grazia Garofoli

LUMIÈRE
Paolo Mazzon


Carlo Ventre
Nous pensions que sans non plus coller des micros aux chanteurs (pratique faussant les voix, et ne permettant pas une comparaison équitable des capacités des artistes), il y aurait des micros le long de la scène pour amplifier le volume général, mais non, c'était du 100% nature.
Et c'était un peu dur pour les oreilles, en effet, du 15ème rang bien en face, ce qui correspond à la première moitié proche de la scène, le volume était insuffisant, et la musique ne nous pénétrait pas. Cela tend à transformer l'opéra en spectacle musical et théâtral. Je pense que la musique doit être appréciée à un certain volume minimal pour faire vibrer notre être, c'est sensoriel et physiologique.


Amarilli Nizza
Le Calaf, Carlo Ventre le ténor uruguayen, un bon ténor qui fait bien son boulot, très bien même. Mais ses aigus se perdaient un peu dans le vide, et ne nous atteignaient pas comme le ruban vif et net qu'une voix doit être.
 
Liù, Amarilli Nizza, la milanaise,qu'on aurait eu beaucoup de mal à imaginer en pure et dévouée Liù, mais qui a tenu le rôle avec perfection, et surtout, avec une grande finesse. Son son a percé les coeurs. Voilà une femme qui prouve qu'elle sait endosser un personnage à l'opposé.


Giovanna Casolla
Et enfin Giovanna Casolla, qui nous a mitigé dans sa Turandot. Turandot, allias "le tombeau de la voix" est un rôle très difficile à chanter. CHANTER. C'est pourquoi beaucoup le hurle (comme récemment Lise Lindstrom à Orange... ). Giovanna Casolla a hurlé beaucoup de passage, et façon pas terrible puisque sa technique était dévoilée aux oreilles de tous par un hoquêtement d'attaque au début de chaque phrase. Forcément, avec ce traitement, la redescente aux mediums était très faible et inaudible (comme Lise Lindstrom à Orange). Cependant, dans les passages calmes et aigus, on entendait la très jolie voix de Mme Casolla. A propos, Mme Casolla a 67 ans ! Ce qui malgré tout force le respect. De plus donner (ou prendre) Turandot avant 40 ans, est bêtise et orgueil (comme Lise Lindstrom à Orange) car c'est un rôle pour un soprano dramatique plus qu'à maturité. Et pour ma part, je me fiche des jeunes chanteurs qui ont la grosse tête de voir cela comme un défi. L'opéra n'est pas un défi pour sa propre tronche, mais un honneur vis à vis des volonté d'un compositeur.
Ce qui m'a marqué dans la mise en scène, c'est le manque d'émotion, de geste, d'amour.
Le choeur très nombreux est chorégraphié dans le moindre détail et rend une masse fabuleuse, mais les personnages principaux... sont raides, font des gestes de bras... Le fameux baiser était affreux. Comme si les artistes étaient coincés devant un pupitre plus ou moins mouvant, ils ne vivaient clairement pas leur personnage. Ces personnages étaient sans personnalité.
Le tant attendu "Nessun Dorma" a été interprété avec brio par Carlo Ventre. Si bien, que les applaudissements n'ont même pas laissé l'orchestre finir le morceau, ce que je trouve très irrespectueux pour ces magiciens cachés dans la fosse.
Et là... "BIS !! BIS !! BIS!!", le public en voulait encore. Est-ce l'effet post-Alagna? Le fait de faire toutes les notes de Nessun Dorma est-il un exploit à présent? Je crois que oui. Moi il m'en aurait fallu plus, plus de tripes, plus de vibrant, j'aurais voulu que Carlos Ventre soit Le Calaf avec tout ce que ça implique.
Ils ont rejoué l'air. Et j'ai vu que les gestes de M. Ventre étaient exactement les mêmes. Pas de place à l'instinct.


Les décors et la dynamique générale auront été spectaculaire. Ca oui. Les costumes également. Une perfection. Bravo.
L'artiste la plus acclamée ce soir aura été Amarilli Nizza pour sa Liù. Comme quoi ce n'est pas forcément le rôle le plus long, le plus difficile et le plus présent sur scène qui peut marquer les coeurs, mais celui interprété avec le plus de sensibilité et de finesse. La voix de Nizza était comme un fil d'argent perçant la nuit au dessus des envolées de violons.

La soirée a été magique, et l'envie de revenir est là. Mais dans les tous premiers rangs, c'est sûr!