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lundi 9 mai 2016

Lily Pons VS Natalie Dessay : l'air des clochettes, Lakme

Comme nous en parlions dans notre dernier article

"Les faux : Natalie Dessay, son au revoir, enfin ! Mais pas encore..."


nous vous proposons une comparaison de l'air des clochettes par Lily Pons et par Natalie Dessay.

Il paraît évident que faire un foin pour l'aspect coloratura de Dessay montre une certaine ignorance de l'existence d'autres grandes chanteuses qui faisaient bien mieux, et qui restent inimitables. 
Evidemment, le but n'est pas d'être la meilleure en pirouette, mais c'est malheureusement un aspect indéniable de la soprano léger, c'est là qu'on l'attend au détours, c'est souvent sa marque de fabrique, donc oui, la comparaison va beaucoup sur l'agilité, et moins sur la profondeur et l'expression (ce qui fait également défaut à Natalie Dessay, chose qu'elle a compensé par un jeu de scène clownesque).

On pardonnera la qualité de son un peu ringarde de la vidéo de Lily Pons, qui date de 1935 !

Les deux font le contre-mi tant attendu, remarquez la différence d'attaque (prise par en dessous pour Dessay, et directement par Pons, ce qui n'est pas anodin du tout) ainsi que la position de la bouche, appui mâchoire pour Dessay (qui confirme l'histoire ... sachez que mâchoire tremblante dans les aigus = mauvais appui = voix flinguée en 10 ans max), ouverture de moitié pour Lily Pons, technique parfaite, rien ne bouge.

Résultat, Lily Pons a chanté jusqu'à 64 ans.

Pour arriver directement au passage qui nous intéresse, allez directement à 4:52 minutes pour Natalie Dessay et  à 2:55 pour Lily Pons.




vendredi 19 avril 2013

Le navet de la sensualité sur scène ou le sexe dans le caniveau

Comment rendre l'Incoronazione di Poppeo de Monterverdi moins chiante à un public de bétail?

C'est la question qu'a dû se poser le metteur en scène (dont je ne retrouve pas le nom), et comme beaucoup qui ont voulu être fier d'être audacieux, il a décidé de coller les tourtereaux, en petite tenue, se tripotant, le feu au slip, parce que pour lui, l'amour, le désir, le sexe, ce n'est sans doute "que" ça.



C'est comme les séries historiques actuelles qui ont conquis tant de public en collant du sein et de la fesse toutes les 12 minutes (sinon, le nombre de visionnage baisse).

"Il faudrait que le public s'enlève le balai qu'il a dans le ***" avait dit Nathalie Dessay dans une interview... Je ne vois pas le rapport, on peut être tout sauf coincé et ne pas accepter de voir l'opéra se faire salir par des esprits vulgaires.

Du sexe sur scène pourquoi pas? Mais à la hauteur de la grandeur de l'opéra dans ce cas.
Le but de l'opéra étant d'élever une âme avec la musique et non pas de ramener sur scène les "glauquitudes" de la vie banale.

Le magnifique Pur ti miro... Le metteur en scène n'a pas pu s'empêcher... Il doit jubiler de faire s'embrasser deux femmes sur scène, il en rajoute constamment, cela doit représenter pour lui le summum de la modernité, de la sensualité, et un brin provoc... OK il y a 30 ans...



Bref, quelle tristesse. Parce que tomber dans une banalité pareille pour exprimer un amour et une beauté sans nom, c'est vraiment se rabaisser. Donner du grain aux poules.

Il faut sublimer la musique, les sentiments qui s'en dégagent, et pour cela, un minimum de retrait est souvent nécessaire.

Trouver des vrais artistes exceptionnels qui vous font vibrer de sensualité sans avoir besoin de se montrer? C'est devenu trop dur d'en trouver?

Je vous propose Jon Vickers et Gwyneth Jones, un très mauvais enregistrement de la première à Paris en 1978.... Je vais tout faire pour cependant.

Bonne écoute !


jeudi 11 avril 2013

Carmen n'est pas une pute !

Mérimée s'en retourne dans sa tombe.

Connaissez-vous la consternation proche de la rage d'un amoureux de la beauté de l'opéra, de la littérature et de la vraie voix quand il tombe sur un navet rabaissant l'oeuvre sous terre?

C'était mon cas en visionnant "Carmen" de Bizet, sur Mezzo la semaine dernière :



Carmen, opéra-comique en quatre actes de Georges Bizet.
Livret d'Henri Meilhac et Ludovic Halévy d'après la nouvelle de Propser Mérimée
Orchestre Révolutionnaire et Romantique, John Eliot Gardiner (direction), The Monteverdi Choir
Adrian Noble (mise en scène)
Anna Caterina Antonacci (Carmen), Andrew Richards (Don José), Anne-Catherine Gillet (Micaëla), Nicolas Cavallier (Escamillo), Françis Dudziak (Le Dancaïre), Vincent Ordonneau (Le Remendado), Matthew Brook (Zuniga), Riccardo Novaro (Moralès), , Virginie Pochon (Frasquita), , Simon Davies (Lillas Pastia)
Réalisé par François Roussillon (3h00)
Enregistré à l'Opéra Comique de Paris (2009)
Carmen comment vous ne l'avez jamais entendu : John Eliot Gardiner donne un éclat nouveau à la partition de Bizet. Enregistré à l'Opéra-Comique de Paris, cette production se distingue aussi par la présence dans le rôle-titre d'Anna Caterina Antonacci, au timbre d'une rare sensualité.



(Biensûr, je ne vais même pas parler de l'horreur honteuse de la saison dernière à Bastille, avec une mèmère en Monroe...)

Le décor était joli mais la lumière un peu pesante. Toujours cette ambiance fond noir et lumière chaude qu'ils se sentent obligés de mettre... C'est si basique... N'ont-ils pas vu le Carmen frais de Karajan avec Grace Bumbry...  ?

Et quand j'ai vu Carmen, j'ai immédiatement vu l'énorme erreur de casting. Anna Caterina Antonacci n'a pas du tout l'attitude. Chacun de ces gestes forcés me fait retourner dans le temps, au cours de théâtre de mon collège. Mlle Antonacci a de toute évidence été guidée par un metteur en scène dont la vision de la coquinerie féminine est aussi triste qu'une saucisse vide. "Allez aguiches mieux que ça !!"

Le comble... Carmen a de l'humour dans cette version... Elle s'agenouille au niveau du sexe du soldat en faisant la coquine... C'est d'un mauvais goût... La mutinerie serait donc incompatible avec l'élégance... Vous pensez Messieurs? Ahh des millions d'années d'évolution pour ça.

Bon sang, Carmen est une jeune fille de 15 ans qui se veut libre, refuse d'être enchaînée, et change d'amoureux dès qu'il se fait trop pesant.  = une pute? Sans doute, pour ce genre de metteurs en scène d'aujourd'hui... Des hommes avec une si haute connaissance de la féminité? Merci pour la sublimation, bonjour le cliché. Ressortons-nous de la salle en ayant découvert une nouvelle sorte de personnage comme le souhaitait Mérimée, ou avec un cliché de plus de la saloperie féminine?

Ici Anna Caterina Antonacci en fait des tonnes et on voit bien que ça n'a rien de naturel, qu'elle n'a pas la séduction animale dans les veines. La voix ne suit pas non plus... Trop lourde, peu fluide, saccadée et sans aucune sensualité. Mlle Antonacci est faite pour des rôles plus lourds et plus graves.
Chaque scène m'a semblé une farce. Chaque début d'air, qu'on ne peut s'empêcher d'attendre impatiemment, une déception. La sensualité forcée est vraiment la dernière chose qui ferait une Carmen.

De plus les grimaces pour sortir les sons... ça n'aide pas vraiment à faire couler du miel. Le décolleté ne compense pas.

L'opéra est chanté en français... et sous-titré français.. qu'est-ce-que cela veut dire? Qu'on est tolérant quand on ne comprend rien de ce que dit le chanteur? C'est insultant pour les chanteurs qui ont fait un travail de diction parfaite, et humiliant pour ceux qui baragouinent.

Bref....



vendredi 18 janvier 2013

Sgombra è la sacra selva de Bellini

Aujourd'hui, j'aimerais partager et écouter avec vous un récitatif extrait de Norma (opéra de Bellini) :


"sgombra è la sacra selva"

Il ne se fait pas forcément remarquer dans l'oeuvre au premier abord, pourtant c'est un morceau très riche en beauté, en expression vocale comme orchestrale.

Adalgisa est dans les bois, seule, elle a peur car elle aime ce Romain, alors qu'elle est vouée à la religion, et donc à la chasteté. 

On est surpris par la tournure de la musique, cette intro animée et rythmée.

"Pas très dans l'ambiance" dirait le néophyte. Il faut chercher au fond de soi...  Quand on aime, et qu'on a pas le droit d'aimer, on est constamment tiraillé entre l'ivresse, les palpitations, le bonheur (très bien retranscrit par cette introduction) et par la culpabilité, la peur, le désespoir ici le thème principal de la voix, entrecoupée par ce "a tempo" de l'introduction et ses palpitations qui reviennent. Du génie !

Bellini savait exactement ce qu'Adalgisa pouvait ressentir !

Trois interprétations à vous faire écouter, toutes différentes, 2 bonnes et 1 hum...
(Je le répète, c'est en comparant qu'on fait progresser son oreille !)

1 - Ma référence : Fiorenza Cossotto, en Adalgisa (dans cette version, c'est Montserrat Cabbale qui chante Norma, un CD culte à avoir absolument). Une voix à la technique parfaite, ronde, très chaude, et sans limite. Dans sa langue natale, Fiorenza exprime parfaitement la puissance des mots. Une excellente référence de rigueur pour travailler le morceau.

2 - Shirley Verrett : rien à avoir, Verrett ça ne s'analyse, ça se savoure. C'est du rêve, c'est livre, ça monte dans le ciel, ça nous détache du sol. Ici, c'est la sensibilité pure, l'interprétation, l'envolée. Ecouter ce que Verrett fait, apporte un plus dans la finesse d'interprétation.

3 - Marilyn Horne, dont j'aime beaucoup beaucoup la voix, mais dont je déplore pas mal l'interprétation trop bling bling "jexposecequejesaisfaireavecmavoixenmefichantunpeudesintentionsducompositeuretdusentimentvrai". Oui Horne en fait toujours 3 tonnes. Certains adorent entendre ça, moi, le pain + la couche de beurre + le nutella + la crème chantilly + la pincée de cannelle, je trouve ça lourd.


Les voici, et dessous la traduction française, bonne écoute !
Vous pouvez trouver le livret en français ici

1- Fiorenza Cossotto :



*******
2- Shirley Verrett :



*******
3- Marilyn Horne :



*******

La forêt sacrée est déserte
Accompli est le rite.
Cachée de tous je peux enfin souperer
Ici, là où je le vis la première fois,
ce fatal Romain,
Qui me rend rebelle au temple, au Dieu

Fût-ce le dernière fois au moins ! Désir vain !
Une force irrésistible me traîne ici,
Et de cher aspect mon coeur se nourrit, et de sa chère voix...
Le souffle du vent me répète le son.

De grâce ! protège-moi, Ô Dieu !
Je suis perdue
Grand Dieu, aie pitié, je suis perdue.

---


Sgombra è la sacra selva,

Compiuto il rito.

Sospirar non vista alfin poss'io,

Qui … dove a me s'offerse

La prima volta quel fatal Romano,

Che mi rende rubella
Al tempio, al Dio …

Fosse l'ultima almen!
Vano desio!

Irresistibil forza qui mi trascina,

E di quel caro aspetto
Il cor si pasce,

E di sua cara voce

L'aura che spira mi ripete il suono.

Deh! Proteggimi, o Dio!

Perduta io son!

Gran Dio, abbi pietà,
Perduta io son!